Aftalion Alexandre – Le texte du dimanche (6)

Posté par corto74 le 21 février 2010

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2-905344-08-3 dans zOne Dimanche cuLture !Jusqu’à maintenant, je n’avais jamais entendu parler de ce gars là. Emmanuel Bove, un écrivain français totalement ignoré et pourtant une oeuvre dense et abondante. 2 gillemets pour un  extrait d’une de ses nouvelles…pour découvrir:

Aftalion Alexandre

 » Quatre années durant, Alexandre Aftalion vécut sur le chemin de Paris, se rapprochant peu à peu de la France, peinant dans les gares, les scieries, les dépôts de charbon, les usines, couchant n’importe où, se nourrissant à peine, franchissant, chaque fois qu’il changeait d’emploi, soit à pied ainsi qu’un vagabond, soit dissimulé dans un wagon de marchandises, soit encore sur la carriole d’un paysan, un nouveau bond de quelques kilomètres. Bûcheron, il passa un hiver au milieu d’une forêt des environs de Prague. En compagnie d’autres hommes, il couchait dans une cahute et vivait à l’état de bête sauvage. Au fond de son panier se trouvaient des livres. Et la nuit, lorsque ses voisins reposaient, il faisait de la lumière et lisait. De temps à autre un sourd juron retentissait. Il se hâtait alors de souffler la veilleuse, puis, au bout d’un instant, quand les respirations devenaient régulières, il la rallumait. A Trieste il fut embauché au port. A Milan il demeura trois mois dans  un sous-sol de restaurant. Au moindre instant de répit, il se plongeait dans l’étude. Il ne se liait avec personne. Il craignait que les railleries ne le décourageassent. Le but qu’il s’était fixé il fallait qu’il l’atteignît seul. L’ardeur qu’il mettait à s’instruire était d’autant plus grande que tout s’opposait à sa réussite. Il étudiait en mangeant, parfois même en travaillant. Rien ne le distrayait de ses efforts. Jamais il ne parlait à une femme. Pour tout ce qu’elles apportaient de distractions, de douceur, de plaisir, il les redoutait. Le soir, quand les filles l’accostaient, il s’enfuyait tellement il avait peur de faiblir. Il lui semblait qu’en suivant l’une d’elles, ce serait fini de ses ambitions et que toute sa vie il resterait semblable à ce qu’il était aujourd’hui. Le feu qui brûlait en lui était si pur que, quoi qu’il endurât, il ne se plaignait jamais ni ne se lamentait sur son sort. Pour que personne ne lui fît d’observations, il travaillait plus que tout le monde. Il ne cherchait pas à se représenter le bonheur. L’idée fixe de devenir un docteur, un magistrat, un savant ne le quittait pas. Le reste au monde, n’existait pas pour lui. Il s’était mis en tête d’apprendre le français. Ses nuits, il les passait à traduire des textes, à chercher des mots dans le dictionnaire, et cela, seul, sans aide et sans encouragement. Quand vers trois heures du matin, il s’endormait exténué, les épaules courbaturées, les mains brûlantes, il trouvait encore assez de ressort en lui pour vaincre, deux ou trois heures plus tard, son sommeil, pour se lever et gagner l’atelier où il était employé…  »

Aftalion Alexandre d’ Emmanuel Bove – (1898 – 1945) –  éditions Le Dilettante

main2275D’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

Avec la participation de Marianne.

10 Réponses à “Aftalion Alexandre – Le texte du dimanche (6)”

  1. galoune 16 dit :

    C’est ton conseil pour reussir dans la vie?
    Travailler plus pour gagner plus???
    ;-) )
    Bon d’accord, mais là, c’est dimanche pis je suis en arrêt!
    Tu crois qu’il a eu des papiers pour rester sur le sol français?
    Pas sur…
    T’es à 27%, travailler pour gagner plus ne fait plus reçette!
    Grosses bises et bonne et longue nuit!!!

  2. Didier dit :

    D’un coup on a envie d’en savoir plus…

  3. Marianne ARNAUD dit :

    Je n’ai vraiment pas l’impression que dans ce texte il est question de gagner plus mais plutôt d’apprendre plus.
    Il est vrai que c’est tellement incongru de la part d’un « vagabond » que cela peut être incompréhensible, et par là, inacceptable.

  4. Marianne ARNAUD dit :

    Non, mon cher Corto, n’exagérez pas : « totalement ignoré » n’est pas le mot. Ignoré du grand public, celui qui achète chaque année le Goncourt, sans doute. Peut-être même un peu plus, je vous l’accorde.
    Mais Bove a ses admirateurs, dont je suis.
    Espérons que la publication de ce texte sur votre blog donnera l’idée a certains de vos lecteurs d’aller voir de quoi il en retourne.
    Ce petit coup de projecteur sur Bove est plus que mérité, d’autant que lui, n’a jamais rien fait pour échapper à la notoriété, mais n’a jamais rien fait, non plus, pour l’attirer.
    Il s’est contenté d’écrire toute sa vie, les livres qu’il avait besoin d’écrire, à sa manière à lui, qui était loin, très loin, d’être la manière des écrivains de son temps.

  5. boutfil dit :

    je ne l’ai jamais lu, mais je le connais de nom…autre temps, autres moeurs……

  6. galoune 16 dit :

    Oui Marianne, on est d’accord, il s’agit d’apprendre, et c’est assez beau, mais Corto affichant ses statistiques, c’était facile, certes, et trop tentant…
    Je bosse depuis plusieurs mois à 120% pour compenser dans notre foyer des pertes de revenus successives dues à la crise et à des pertes d’emplois, 6 jours sur sept, alors titiller notre hôte me faisait marrer!
    ;-)

  7. galoune 16 dit :

    Enfin on parle quand même aussi de réussite et de sortir de sa condition…

  8. galoune 16 dit :

    http://www.emmanuel-bove.net
    Bon, d’accord Marianne, je vais aller M’INSTRUIRE aussi.
    Bonne journée à tous!

  9. corto74 dit :

    @galoune: en forme à ce que je vois ! je ne suis plus qu à 27% certes mais comme l UMP remonte à 13% et quele week end a la campagne se maintient: l’honneur et l’espoir sont indemnes.:). Et avant de gagner plus, ce qui ne semble pas etre son but premier, notre Alexandre cherche avant tout a apprendre et réussir.Bises

    @Marianne: ignoré, je ne sais pas vraiment mais moi je n en avais jamais entendu parler de mémoire d’adulte curieux ou d’ex collegien et lycéen. Par contre je suis impréssionné par sa bibliographie plus que copieuse: romans, nouvelles , essais… Le bouquin Mes Amis sera sans doute le premier que je lirai ! bises MESSAGE de service: Francis vous a laissé un com sur Hijab !

    @Didier: ne te prives pas ca a l’air vraiment bien. biz

  10. Marianne ARNAUD dit :

    Puisque, mon cher Corto, vous avez décidé de lire du Bove, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer « Le piège ». C’est un roman de l’époque de la collaboration. Il a été publié en 1945. A ce moment-là on n’avait pas encore eu le temps de réécrire l’histoire.
    Evidemment, Bove décrivant l’époque sans aucune complaisance, ni pour les uns, ni pour les autres, le livre fut très mal accueilli ou même on peut dire pas accueilli du tout.
    Mais pour tous ceux qui veulent approcher de près le trouble de cette époque, c’est « Le piège » qu’il faut lire.

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