Ce qu’il y a dans ce rire – Le texte du dimanche (13)

Posté par corto74 le 11 avril 2010

Ce qu'il y a dans ce rire - Le texte du dimanche (13) dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

 dans zOne Dimanche cuLture !Dans un roman dont l’action se situe en Angleterre au tout début du XVIII siècle, Victor Hugo nous présente un personnage imaginaire, Gwynplaine, dont le visage a été déformé en une sorte de rictus grotesque afin de distraire les puissants. Grandi dans le peuple misérable, Gwynplaine se trouve projeté par le hasard à la Chambre des lords.
 

 » Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement. Où s’était posé le doigt,de Dieu, s’est appuyée la griffe du roi. Monstrueuse superposition. Évêques, pairs et princes, le peuple c’est le souffrant profond qui rit à la surface. Mylords, je vous le dis, le peuple, c’est moi. Aujourd’hui vous l’opprimez, aujourd’hui vous me huez. Mais l’avenir, c’est le dégel sombre. Ce qui était pierre devient flot. L’apparence solide se change en submersion. Un craquement, et tout est dit. Il viendra une heure où une convulsion brisera votre oppression, où un rugissement répliquera à vos huées. (…) Tremblez. Les incorruptibles solutions approchent, les ongles coupés repoussent, les langues arrachées s’envolent, et deviennent des langues de feu éparses au vent des ténèbres, et hurlent dans l’infini ; ceux qui ont faim montrent leurs dents oisives, les paradis bâtis sur les enfers chancellent, on souffre, on souffre, on souffre, et ce qui est en haut penche, et ce qui est en bas s’entrouvre, l’ombre demande à devenir lumière, le damné discute l’élu, c’est le peuple qui vient, vous dis-je, c’est l’homme qui monte, c’est la fin qui commence, c’est la rouge aurore de la catastrophe, et voilà ce qu’il y a dans ce rire, dont vous riez ! « 

Victor Hugo, «  L’Homme qui rit « , extrait. (1869) 

kq8ouev7D’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr 

(sources: http://www.bacfrancais.com/ )

25 Réponses à “Ce qu’il y a dans ce rire – Le texte du dimanche (13)”

  1. Marianne ARNAUD dit :

    Voilà, mon cher Corto, que vous tapez haut et fort : Victor Hugo et « L’homme qui rit » son roman « le moins connu et le moins apprécié » !
    Tout comme Gwynplaine devant la Chambre des Lords, voilà ce que Victor Hugo avait dit lors de son discours sur la misère à l’Assemblée Législative, en juillet 1849 :

    « Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures (…) que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures humaines s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver. »

    A la différence de Gwynplaine qui sera sifflé, Vicor Hugo, si on en croit les Actes et Paroles : « descend de la tribune et reçoit les félicitations de ses collègues. »
    Mais il est vrai qu’entre 1849 et 1869 beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de Paris !

  2. Didier Goux dit :

    Ah, depuis le temps qu’on m’encourage à le lire, celui-l, il va pourtant falloir que je m’y décide !

  3. corto74 dit :

    @marianne: avouez, très chère, que ce Hugo il avait bien du talent. Et que ces textes restent d’une étonnante actualité, non ? Je suis tombé sur cet extrait et l’ai trouvé excellent et une petite pensée pour Eléphant Man, forcément ! bises

    @didier Goux: avouez que c’est mieux que du Dieudonné dans le texte, même si votre extrait est assez drôle ! bon dimanche

  4. LiKa dit :

    « les paradis bâtis sur les enfers chancellent » et jusqu’à la fin, c’est magnifique.
    Cela me rappelle la parole âpre et juste d’un lépreux de l’île de Spilalonga dont la lucidité impitoyable vous saisit, vous bouleverse. (Un documentaire de Jean Daniel Pollet, filmé en 1973, diffusé sur la 7 en 1992, intitulé : L’Ordre. Nous l’avons enregistré, bien sûr.)

  5. Marianne ARNAUD dit :

    @ Didier Goux
    Cette décision est toute à votre honneur, mais voilà ce que Hugo disait déjà en 1869 :
    « Mes oeuvres actuelles étonnent, et les intelligences contemporaines s’y dérobent le plus qu’elles peuvent. »
    Pour ma part, je l’ai lu il n’y a pas longtemps… mais arrivée à la moitié du volume mon « intelligence contemporaine » s’y est dérobée.
    A la longue, la vision très manichéenne du monde qu’a Victor Hugo m’a posé quelques problèmes.
    Alors pensez, vous ?

  6. Marianne ARNAUD dit :

    http://www.likaspitzer.com/blog/index.php?q=Un chien de race

    Pour Didier Goux

  7. Marianne ARNAUD dit :

    http://www.likaspitzer.com/blog/index.php?q=Un chien de race

    La première fois ça n’a pas très bien marché, donc je remets le lien et cette fois j’espère qu’il sera d’aplomb.

  8. corto74 dit :

    @lika: que j aimerais savoir ecrire comme ce Hugo, il y a encore du boulot ! Quant à ton  » l’ordre » comment fais tu pour avoir de telles archives ? Bon c ‘est vrai que je regarde peu la 7. Bises

    @marianne:quel est le rapport entre les chats de Lika et didier Goux ? moi pas comprendre

    Ceci dit, comme j aimerais que beaucoup de ceusses qui viennent par ici prennent le temps de lire ce petit bout de Victor, pour leur plaisirs !

  9. Marianne ARNAUD dit :

    Mais non, mon cher Corto, rien à voir avec les chats et tout à voir avec « Un chien de race » pour Didier Goux qui est en plein conflit raciste/antiraciste. Parfois c’est dur à démêler.
    Pour atteindre ce chien il faut écrire « chien de race » à coté du « Un » sur le moteur de recherche de Lika.
    Je vous assure que son texte vaut le coup !
    Et vive Victor Hugo dit Totor, bien sûr !

  10. boutfil dit :

    j’ai un grand souvenir de mon père.. que Dieu est son âme…récitant
     » de Totor Le Hugo, la grande dérouillée…un espingouin de l’armée en débine beuglait sur le trottoir, donnes lui tout de même à boire me dit mon père..et fait gaffe de pas en renverser…. »
    comment veux-tu que je lises sérieusement ce sublime bonhomme????? j’ai eu une éducation assez merdique…..

  11. Didier Goux dit :

    Marianne : je ne suis pas fou de Victor Hugo (enfin, moins que d’autres écrivains de la même époque, veux-je dire), mais je vais quand même y aller voir.

    Pour le reste, pourquoi me dédier ce lien, à moi qui ne jure que par les chiens ?

  12. Marianne ARNAUD dit :

    @ Didier Goux
    Eh bien, pour que vous alliez y voir aussi !

  13. corto74 dit :

    @marianne: ok compris , j y vais de ce pas, point leger, j’avions du monde à diner ce soir !

    @boutfil: point necessaire d’avoir education pour lire Hugo, j ai du au moins 3 fois lire les miserables !

    @didier goux: le chemin est balisé suivez le lien chez lika !

    @marianne et lika: j ai fini par trouver ce chien de race et il est excellent , bisous !

    http://www.likaspitzer.com/blog/index.php?q=chien+de+race%24

  14. LiKa dit :

    @Corto : Oh, tu sais, ces archives comme tu dis, ce sont des hasards. C’était une soirée consacrée à la maladie : Les mots des Maux » où il y avait le « Cléo de 5 à 7″ d’Agnès Varda. J’avais tout enregistré et avais découvert… ce documentaire inouï.
    Quant à « Un chien de race », je suis aussi étonnée que toi. On ne suit pas toujours le cheminement des conversations, ici… Après, j’ai vu ce que voulait Marianne. Merci à elle, car, ce texte est comme un chien galeux. Aucune revue n’en veut ! Alors que je ne me rendais pas compte en l’écrivant, qu’il était seulement autobiographique. Il a fallu la colère de certains lecteurs pour que je me demande: « Qu’est-ce qui m’a pris d’écrire ça ?!! » et que je comprenne enfin. Sans m’en rendre compte, je parlais de ma position d’enfant de juif dans une famille chrétienne du côté maternel.

    @ Boutfil : Ton père me plaît. C’était pas du sang de navet qu’il avait dans les veines. Et dans ta force, il doit y avoir sûrement quelque chose venant de lui. Tu vois, je fantasme. D’ailleurs, ne crois-tu pas que la plupart des éducations sont merdiques ? On ne m’a pas donné envie non plus de lire Victor Hugo. Pour Musset, c’était pareil. (Je vais mettre le chapitre intitulé « Marraine » sur mon blog demain.) Après les années d’école, ce sont des hasards qui nous font retrouver cet écrivain-ci ou celui-là…

  15. boutfil dit :

    @LIKA tu dis enfant de juif dans une famille maternelle chrétienne, j’ai eu aussi une sorte de chose identique avec mon grand père juif et ma grand mère pas, mais il y avait une éducation couplée des deux religions chez nous qui a fait une sacrée ouverture d’esprit….
    quand à mon père, c’était le roi de la culture argotique…je ne peut pas entendre une fable de La Fontaine sans rire, il avait une façon de nous les réciter qui valait son pesant de cacaouettes…..

  16. corto74 dit :

    @lika: c’est vrai que « ton chien galeux  » est gonflé , je viens de le relire ! ouahou , tu as fait fort là et je ne comprends pas bien le cheminement qui t a poussé à écrire ainsi . Faut-il chercher à comprendre tout ce que l’on écrit ? pas si sûr ! bises a toi

    @boutfil: le mariage des religions ou d’origine pet etre super quand il est bien asumé, la preuve avec toi ! Pour rejoindre Lika, il a fallu que mes années de scolarité s’éloignent de beaucoup pour que je commence à apprécier certains classiques de la litérature. Moi Lafontaine ca date de cette année ! bisous du matin !

  17. Marianne ARNAUD dit :

    Il fait quoi Didier Goux ?
    Il est déjà parti « rewriter » ou il essaye encore de se remettre de sa journée dans l’monde ?

  18. boutfil dit :

    @ LIKA je viens de lire ton chien…génial!!!! devons nous nous sentir aussi  » chien galeux » nous autres mélange de deux horizons????je porte une étoile de David ET une croix..les gens me regardent bizarement lorsque je les ai …pensent-ils que fait cette chrétienne avec une étoile où que fait cette juive avec une croix…..

  19. eusebeetcie dit :

    Et bien je crois que je suis définitivement un gros bourrin qui ne sera jamais touché par Victor Hugo…

  20. corto74 dit :

    @eusebe: mais non, mais non, tu vas voir ça va viendre, comme moi, j’ai mis le temps et petit à petit, le Hugo, il a fini par me plaire. Biz

  21. Matthieu dit :

    Comme pas mal d’entre vous à priori, j’ai du mal à saisir les mots de l’écrivain.
    Mais ca vient sans doute du fait que je ne suis pas très littéraire! Ce n’est pas faute d’avoir essayé ;)

  22. corto74 dit :

    @matthieu: bienvenue ! tu verras ça viendra, j’étais pareil !

  23. LiKa dit :

    Boutfil, ton père était le roi de la culture argotique ? Ah je t’envie.
    Je vais te raconter une histoire. « Elevée » par ma grand-mère radin, je détestais l’argent. Or j’ai une copine qui aime bien l’argent, sait bien le gérer. Son grand-père avait une grande droguerie et ressemblait à Raimu, avec un gros ventre, et une chaîne de montre par-dessus. Quand elle était petite, il adorait qu’elle lui dise : « Pépé, donne-moi un sou ! » Alors, il lui donnait une pièce jaune. Un jour, elle lui dit : « Non Pépé, pas un jaune ! Un blanc ! » Alors le grand-père est parti d’un grand rire : « Caillou! Elle a tout compris ! » Caillou, c’était un mot affectueux du Périgord, je pense. Alors, j’ai dit à ma copine : « Tu veux pas me prêter ton grand-père ? Parce que je ne suis pas normale avec l’argent. » Son grand-père était mort, mais elle me l’a prêté quand même. Et ensuite, j’ai eu des rapports plus normaux avec l’argent. Voilà. Alors je voudrais que tu me prêtes ton papa, je suis sûre que ça me ferait du bien.
    Excuse-moi, Corto, je parlais à Boutfil. Je te fais la bise.

  24. LiKa dit :

    Corto, il faut encore que je dise à Boutfil que ma fille voulait une chaîne avec TOUT dessus : une croix, une étoile de David et une main de Fatma. Mais c’est resté à l’était de projet. On a dû lui dire qu’elle aurait des ennuis avec ça. Mes parents ont divorcé quand j’avais quatre ans. Et je ne connais rien des fêtes juives et n’ai appris qu’à l’âge de cinquante ans que j’étais Ashkenaze ! Pourtant, chose étrange, les auteurs que je préfère sont…juifs ! A commencer par Kafka.

  25. corto74 dit :

    @lika: pas de soucis fais comme chez toi et j aime bien ton histoire de grand père prété ! biz

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