Quel Gai Pied ! – Folie passagère 335

Posté par corto74 le 23 avril 2010

Quel Gai Pied ! - Folie passagère 335 dans zoNe à  mOi wikio4 Voter !

626065154 dans ZoNe GaYJ’ai appris  que Jean Le Bitoux était passé de vie à trépas. Paix à son âme, je ne le connaissais pas. Par contre, en entendant cela,  rewind & flashback, 30 ans en arrière… Il fut le fondateur-créateur-animateur du célèbre journal Gai Pied, le seul journal gay d’antan; avec du vrai journaliste en dedans. Il était Gai parce Gay, avec un  » y « , ça ne disait pas grand chose à pas grand monde à l’époque. Et il en fallait du courage pour oser faire paraître ce brûlot infâme pour certains, ce petit parfum d’émancipation pour d’autres. Comme moi. En ce temps là, ma bonne dame, j’attaquais l’ascension impossible vers mon vingtième anniversaire, je serai grand au bout de la côte, me disais-je. Je partirai, je serai moi, avec Gai Pied comme bâton de pèlerin. Dans mon milieu, il n’était pas imaginable d’être de la jaquette, taffiole ou tantouze, qu’on disait. Il fallait être straight. Alors, comme une multitude de jeunes de l’époque, j’étais à voile et à vapeur. Coureur de jupons à succès pour la façade, secrètement gay.  Le jour, la nuit. L’ombre et la lumière. Cela n’avait rien de facile de claquer la porte du placard; rares étaient ceux qui affichaient ouvertement leurs “mauvais travers”. Qui à l’époque savait pour Thierry Le Luron, pour Rock Hudson, pour Klaus Nomi ?

Toujours est-il que mon Gai Pied, je l’achetais, pas au village, cela se serait su, mais à Paris, dans une gare ou un kiosque à journaux. C’était presque un acte  militant que de l’acheter, braver les interdits. Je transgressais. Je le fourrais bien vite dans mon sac, entre 2 cahiers à spirales grand format, lui et moi, ainsi, ne risquions rien. Et j’attendais impatiemment, le soir, seul, enfin, je confrontais ma vie avec ce qu’on y trouvait à l’intérieur. Par procuration en quelque sorte. A cet instant, seulement, j’étais moi. Alors, dès que j’ai pu, je suis parti, loin. Pour être moi. Il a fallu du temps et quelques années et puis, petit à petit, je me suis fait à mon image, tel que je voulais être, ou presque.

Le Bitoux est mort, Gai Pied a cessé de paraître depuis longtemps, Têtu ou Pref l’ont remplacé sans toutefois l’égaler, les interdits sont moindres aujourd’hui, je peux faire mes emplettes au village. Je peux les lire dans le train… encore que, parfois, il y a des regards qui ne trompent pas.

346885Photo_001 dans Zone meDiasD’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

 

27 Réponses à “Quel Gai Pied ! – Folie passagère 335”

  1. Didier Goux dit :

    Prem’s !

    (Je fous le camp avant que la Marianne ne rapplique…)

  2. Didier Goux dit :

    Cela dit, je vous conseille la ‘re)lecture des « Chroniques achriennes » et des « Notes achriennes » de Renaud camus, parues à l’origine dans ce Gay Pied-là. (Chez P.O.L)

  3. corto74 dit :

    @didier goux: ah non, moi qui me faisais une joie de vous revoir ici commenter des « ex-confrères » ! shit !

  4. eusebeetcie dit :

    Ah mon Dieu mais en fait t’es un vieux Corto si tu avais 20 ans il y a 30 ans XD . Bon je te garde quand même dans ma liste de blogs à visiter régulièrement ^^ Bon faut vraiment que j’arrête les blagues nulles :)

    Bon ceci dit force est de reconnaître que nous vous devons beaucoup et que nous ne sommes pas forcément reconnaissant… quand on n’oublie… en tout cas moi je ne savais pas qui c’était jusqu’à aujourd’hui.

    Alors… MERCI…

    Bises

  5. LiKa dit :

    Je vous préfère sur ce terrain-là, Corto. Surtout depuis que vous avez renoncé à certaines photos porno – qui me blessaient.
    Comme quoi tout le monde ne se sent pas blessé pour les mêmes raisons.
    Vous disiez hier, « certains font mine de ne pas comprendre »… Vous faisiez partie de ceux-là quand m’aviez répondu alors : « on ne peut pas plaire à tout le monde ». Mais vous aviez levé le pied (1) pour ces photos-là. Sans perdre vos fidèles. L’histoire finissait donc bien…

    Et je note maintenant le livre dont parle Didier Goux.

    (1) Ma mère s’appelait Lucia Geilfuss : ce qui signifie « Pied gai ». Mais oui. Son père était l’associé de Schindler à Lucerne.

  6. Marianne ARNAUD dit :

    Il était une fois, un gentil petit homo que ses vilains parents obligeaient à courir les filles. Les pauvres filles, qui bien sûr, comme il arrive souvent – et pas seulement avec les homos – ne savaient pas qu’elles étaient de pauvres filles, étaient bien contentes. Mais pas le gentil petit homo.
    Quand, un beau jour, enfin le Gai Pied vint !
    L’un de ses plus célèbres contributeurs, n’était autre que le sulfureux Tony Duvert, un artiste (encore un) – prix Médicis de littérature – chantre vibrant de la pédophilie, qui défendait « le droit des enfants à disposer de leur libre arbitre » et contestait aux mères « un droit exclusif sur les enfants » bref, elles étaient sommées de laisser le libre accès à leurs petits aux personnes de son espèce.
    Evidemment les braves gens, comme chacun sait, mal intentionnés, épluchaient les textes tandis que les gentils homos se contentaient de rêver (!) devant les photos d’éphèbes aux verges turgescentes.
    Finalement, il nous faut bien admettre que notre gentil homo s’en est bien sorti. Il est devenu un véritable « être humain ». Mais il l’a quand même échappée belle.
    Cependant, mon cher Corto, quand vous vous insurgerez en vous demandant pourquoi tant de braves gens confondent homosexualité et pédophilie ?
    Ne cherchez pas, c’est le guêpier légué par le Gai Pied !

  7. corto74 dit :

    @eusebe: ben ca fera 47 ans ds quelques temps ! :) ca va , pas trop vieux ?  » Ns vs devons beaucoup « , je ne sais pas ce qui est sur c’est que tout n est pas encore simple aujourd’hui en ce domaine… Biz

    @lika: MOI, j aurai mis des photos pornos , ici ? qui de surcroit t’aurait blessé ! Tu m’en vois rouge de confusion ! de quelles photos tu parles ? :)

    @marianne: Vilains parents, non parents simplement qui ne pouvait pas imaginer autre « filière » que la « filière normale ». Pour Gai pied, vous savez les comme moi de l époque n’en avions rien a battre de tous ces discours sur l’autonomie des enfants et tout et tout, a l’époque, la pédophilie ne nous éffleurait meme pas, on trouvait ds ce journal ce dont nous ne pouvions meme pas parler, on y trouvait un peu de nous, simplement. Je parle du Gai Pied devenu Gai Pied Hebdo…

  8. Marianne ARNAUD dit :

    @ Eusebe
    Vous devriez cesser définitivement de faire le malin parce que vous êtes plus jeune que l’un ou que l’autre parce que ne vieillit pas qui veut, mais vieillit qui peut !

  9. eusebeetcie dit :

    Humm…. je plaisantais Marianne :)

  10. Carine dit :

    C’est vrai qu’il fallait « en avoir » pour oser se vivre tel qu’on est il y a quelques années. Beaucoup renonçaient et se trainaient une vie impossible, où tout le monde était malheureux, mari, femme et enfants.
    Cela a-t-il vraiment changé? Je ne crois pas.
    C’est toujours aussi difficile.

  11. corto74 dit :

    @carine: tu as raison, combien de vies brisés par cette renonciation à etre soi-même, et j en connais tant qui souffrent encore de n avoir pu etre eux.. Les choses ont qd même évolué, heureusement. biz

  12. LiKa dit :

    Marianne, avez-vous été vous renseigner sur Google ? Le Tony Duvert aurait fait partie de ces publications ? Même chez Minuit, on ne parle plus guère de lui… Henri Causse, naguère si enthousiaste à son sujet, est devenu évasif quand il est question de lui…
    Bravo pour le jeu de mots (guêpier). J’aime quand vous avez de l’esprit.
    Je pars bosser « pour moi-même »… A bientôt.

    Corto, je ne les ai pas numérisées, vous pensez bien. Allez regarder dans vos archives, bel enfant… Mais si ce qui choque les uns, les autres le trouvent normal, il est possible, en effet, que vous ayez du mal à les retrouver.(Ici bonhomme qui rit.)

    Enfin, « des photos pornos, ici ? qui de surcroît t’aurait blessé ! » dites-vous. Aïe, Corto. C’est avec le sujet que le verbe s’accorde et non avec son complément : qu’un petit « t » vous fasse perdre votre sujet de vue…! Et puis il fallait écrire aussi « blessée »… Donc : « t’auraient blessée », Corto, « t’auraient blessée »…
    Et pour en finir avec les blessures, encore un dernier point : je respecte de tout mon être NOTRE LANGUE française. Et le soin amoureux que je prends d’elle demande beaucoup de temps – un temps que je trouve normal de lui consacrer. Alors me blesse la désinvolture de beaucoup à son égard. Comme vous a blessé ma désinvolture à l’égard du drapeau français.

  13. Marianne ARNAUD dit :

    @ Lika
    Bien sûr que Tony Duvert, Foucault et quelques autres, écrivaient dans le Gai Pied. Je n’écris jamais rien en l’air. C’est beaucoup trop grave. Il est vrai que ce Duvert, quand vint le reflux de la vague (traduire quand ses livres n’ont plus été vendables), a été complètement abandonné par ses amis. A tel point qu’après sa mort en 2008, on a retrouvé son corps plusieurs semaines après sa mort.

  14. Suzanne dit :

    Bel article. Il me fait penser à la préface de Carol, de Patricia Highsmith. Un roman de 53, publié sous un pseudo, qui met en scène un amour lesbien. Les moeurs ont changé, tout de même… J’habite à la campagne et il y a un couple de gays qui vit depuis vingt ans dans le village d’à côté. Du genre qui ne se cache pas, un peu exhibitionniste même, un peu folles. Il ne viendrait à personne l’idée de conseiller à ses enfants de ne pas aller faire de vélo à côté de chez eux. Ils ont gagné le droit à l’indifférence.

  15. corto74 dit :

    @suzanne: vous ici ? les photos à droite je suppose ? :)
    Ceci dit, j’aimerais assez que l’on croit, même si les choses ont évolué un peu, qu’il est aisé d’être homo ( ou lesbienne) aujourd’hui. Certes on ne risque plus grand chose mais je vous garantis que, non, ce n’est pas une synécure pour des tas de gens qui ne peuvent toujours pas etre pleinement eux-mêmes ! J’ai des exemples à la pelle ! biz a vous

  16. corto74 dit :

    @marianne et Lika: V’la t’y pas que dans un doux billet, je me dévoile et ces dames s’en vont pérorer sur d’illustres inconnus ! pffff :) bises a vous

    @lika: A défaut d’être un ultra de la langue française, j’essaie, ds mes billets, d’écrire à peu près correctement. Tiens, parfois, certains me donnent même un coup de main discret mais précieux pour corriger quelques erreurs. Ne m’en veuillez pas, alors, si ds la réponse aux commentaires, de temps en temps, je m’oublie

  17. Marianne ARNAUD dit :

    Mon cher Corto, je vous trouve très injuste avec moi : mon commentaire sur ce billet était un des plus délicieux qu’il m’ait été donné d’écrire. Mais comment eût-il pu en être ainsi si votre billet n’avait pas été lui-même, remarquable ?
    Voilà ! J’espère que cette fois vous serez content de moi !

  18. corto74 dit :

    @marianne: ça me va bien comme ça :)

  19. Didier dit :

    Connaissais pas, ni ce monsieur ni le Gai Pied et pas plus les autres magazines du genre d’ailleurs. Enfin, je sais qu’ils existent ou-bien qu’ils ont existés, sauf Pref, là je découvre… Faut dire que je ne suis pas consommateur de magazines.

  20. Vlad dit :

    J’aime bien ton billet, je trouve qu’il retranscrit bien une époque – ou plutôt une période, époque ça fait vieux croulant – où tu devais vivre ton toi-même coincé entre 2 cahiers à spirale. C’est pas le pied.
    Je me demande d’ailleurs dans quelle mesure cette clandestinité identitaire ne favorise pas une certaine acuité intellectuelle. Etre soi-même et un autre à la fois est un état schyzo qui force la critique sur soi et se joue des repères; selon moi cela favorise la critique du monde ici-bas et donne de la hauteur de vue.

  21. corto74 dit :

    @didier: et si, ils existent, ils sont m^me en bonne place ds les kiosques aujourd’hui, ça change d’hier !

    @vlad:et moi j aime bien ton commentaire car il est loin d’etre con ! alors sans parler de schyzo, cette dualité m’a peiné, pénalisé sans doute à cette période mais le partir que j’évoque m’ a mis un bon coup de pied au cul pour casser le zinzin, c’était alors indispensable pour ma « survie » m^me si le chemin a été long . Biz

  22. fabisounours dit :

    C’est un très joli témoignage que tu fais la, et je trouve que c’est beau de le savoir, qu’il y encore peu de temps, c’était pas si facile que ça d’acheter un magazine gay. Le monde évolue, et parfois un peu en bien quand même…

  23. corto74 dit :

    @fabisounours: Les choses évoluent lentement, très lentement,on va y arriver :)

  24. Stephan dit :

    ET bah voilà que ca me rappelle de beaux souvenirs quand j allais le chercher en douce, a la gare de lyon que de souvenirs et oui c était plus interessant que Tetu mais bon c était souvent plus difficile à ouvrir dans le train …Bien que ….

  25. corto74 dit :

    @stephan: Salut, toi ! Je nétais donc pas le seul dans ce cas :) biz a toi !

  26. Francis dit :

    eh oui c’était pas facile à acheter et j e lisais en le mettant dans une autre reveue !!! lol…le minitiel puis internet ont changé bcp de choses, même si la discussion est parfois euh comment dire… plus « technique » ?
    Mais avoir le créateur qui s’appelait Bitoux… franchement trop couillu !

  27. corto74 dit :

    @francis: je crois que je vais créer une assoce des anciens lecteurs, discrets, de gai Pied hebdo ! :)

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