A propos des américains – Le texte du dimanche (19)

Posté par corto74 le 30 mai 2010

A propos des américains - Le texte du dimanche (19) dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

Antonin+Artaud_3 dans zOne Dimanche cuLture !Antonin Artaud, ce mec est fou, un fou génial sans doute, poète, dramaturge, scénariste, acteur, essayiste, dessinateur, …, interné psychiatrique, « un désespéré qui vous parle « , disait-il. 

« J’ai appris hier
il faut croire que je retarde, ou peut-être n’est-ce
qu’un faux bruit, l’un de ces sales ragots
comme il s’en colporte entre évier et latrines
à l’heure de la mise aux baquets des repas une
fois de plus ingurgités,
j’ai appris hier
l’une des pratiques officielles les plus sensation-
nelles des écoles publiques américaines
et qui font sans doute que ce pays se croit à la
tête du progrès.
Il paraît
que parmi les examens ou épreuves que
l’on fait subir à un enfant qui entre pour la
première fois dans une école publique,
aurait lieu l’épreuve dite de
la liqueur séminale ou
du sperme,
et qui consisterait à demander à cet enfant nouvel
entrant un peu de son sperme afin de l’insérer
dans un bocal
et de le tenir ainsi prêt à toutes les tentatives de
fécondation artificielle qui pourraient ensuite
avoir lieu .
Car de plus en plus les Américains trouvent qu’ils
manquent de bras et d’enfants,
c’est-à-dire non pas d’ouvriers
mais de soldats,
et ils veulent à toute force et par tous les moyens
possibles faire et fabriquer des soldats
en vue de toutes les guerres planétaires qui
pourraient ultérieurement avoir lieu ,
et qui seraient destinées à démontrer par les
vertus écrasantes de la force
la surexcellence des produits américains,
et des fruits de la sueur américaine sur tous les
champs de l’activité et du dynamisme possible
de la force.
Parce qu’il faut produire,
il faut par tous les moyens de l’activité possibles
remplacer la nature partout où elle peut être
remplacée,
il faut trouver à l’inertie humaine un champ
majeur,
il faut que l’ouvrier ait de quoi s’employer,
il faut que des champs d’activités nouvelles
soient créés,
où ce sera le règne enfin de tous les faux produits
fabriqués,
de tous les ignobles ersatz synthétiques
où la belle nature vraie n’a que faire,
et doit céder une fois pour toutes et honteusement
la place à tous les triomphaux produits de
remplacement
où le sperme de toutes les usines de fécondation
artificielle fera merveille
pour produire des armées et des cuirassés.
Plus de fruits , plus d’arbres, plus de légumes,
plus de plantes pharmaceutiques ou non et
par conséquent plus d’aliments,
mais des produits de synthèse à satiété,
dans des vapeurs,
dans des humeurs spéciales de l’atmosphère, sur
des axes particuliers des atmosphères tirées de
force et par synthèse aux résistances d’une
nature qui de la guerre n’a jamais connu que
la peur.
Et vive la guerre, n’est-ce pas?
Car n’est-ce pas, ce faisant, la guerre que les
Américains ont préparée et qu’ils préparent ainsi
pied à pied.
Pour défendre cet usinage insensé contre toutes
les concurrences qui ne sauraient manquer de
toutes parts de s’élever,
il faut des soldats, des armées, des avions, des
cuirassés…
de là ce sperme
auquel il paraîtrait que les gouvernements de
l’Amérique auraient eu le culot de penser.
Car nous avons plus d’un ennemi
et qui nous guette, mon fils,
nous, les capitalistes-nés,
et parmi ces ennemis
la Russie de Staline
qui ne manque pas non plus de bras armés.
Tout cela est très bien,
mais je ne savais pas les Américains un peuple si
guerrier .
Pour se battre il faut recevoir des coups
et j’ai vu peut-être beaucoup d’Américains à la
guerre
mais ils avaient toujours devant eux d’incommen-
surables armées de tanks, d’avions, de cuirassés
qui leur servaient de bouclier.
J’ai vu beaucoup se battre des machines à la guerre
mais je n’ai vu qu’à l’infini derrière
les hommes qui les conduisaient.

En face du peuple qui fait manger à ses chevaux,
à ses boeufs et à ses ânes les dernières tonnes
de morphine vraie qui peuvent lui rester
pour la remplacer par des ersatz de fumée,
j’aime mieux le peuple qui mange à même la
terre le délire d’où il est né ,
je parle des Tarahumaras
mangeant le Peyotl à même le sol
pendant qu’il naît,
et qui tue le soleil pour installer le royaume de la
nuit noire,
et qui crève la croix afin que les espaces de
l’espace ne puissent plus jamais se rencontrer
ni se croiser . »

Antonin Artaud – Emission radiodiffusée en 1947 –   » Pour en finir avec le jugement de Dieu « 

antonin-artaudD’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

 

34 Réponses à “A propos des américains – Le texte du dimanche (19)”

  1. Marianne ARNAUD dit :

    Mon cher Corto, je connaissais Antonin Artaud, pour un homme de théâtre très admiré par certaine jeune femme de ma connaissance. Moi-même je me souviens de sa prestation dans le Jeanne d’Arc de Dreyer.
    Mais j’aurais préféré en rester là, car à lire votre texte, je vois bien qu’Artaud était beaucoup plus atteint psychiquement que je ne le croyais.
    En tous les cas je suis dans l’incapacité de commenter un texte que je considère être du pur délire.
    Voyons ce que les autres en diront !

  2. corto74 dit :

    @marianne: et croyez moi, chère Marianne, il y a bien pire chez Artaud – ou mieux diront certains – dans la serie  » pour en finir avec le jugement de Dieu « . Je voulais un texte d Artaud et j ai pris celui-la afin de ne point me faire allumer par des esprits…petits ou trop prudes ou trop chagrins ou trop politiquement correct :)

  3. Vlad dit :

    Tout ce que je connaissais d’Antonin Artaud c’était une chanson d’un de mes groupes préféré nommée « Antonin Artaud », sans doute en hommage.
    Je comprend maintenant la composition particulièrement torturée de ce morceau.
    M’ci Corto ;)

  4. corto74 dit :

    @vlad: mais de rien ! de quel groupe s’agit-il?

  5. Vlad dit :

    @Corto
    Bauhaus

    @vlad: connais pas le groupe Bauhaus, j’vas aller enqueter !

  6. Vlad dit :

    Ok vive la glande du dimanche :) , c’est du gothique, le chanteur est super charismatique et beau gosse (Peter Murphy) avec une voix à la Bowie parfois.

  7. Marianne ARNAUD dit :

    @ Vlad
    On en a la langue à la bouche !

  8. boutfil dit :

    Bien, bien, bien..l’es prudent notre Corto, s’est trop fait allumer ces derniers temps….
    j’en dirai rien du truc…..

  9. LoC dit :

    Bonsoir au Maître des clés,
    Bonsoir à toutes et à tous,

    Pourquoi devenir fou?

    Parcequ’avec raison on asservit ceux qui ne peuvent cocher la case nécessaire à être dans la norme, c’est la raison du plus fort,
    Parcequ’avec raison on censure et assassine ceux qui pourraient remettre en cause des idéaux que l’on croit toujours intemporels, c’est la raison d’état,
    Parcequ’avec raison on crée tant de fictions et d’êtres abstraits destinés au profit et aux bonheurs artificielles, c’est la raison sociale,
    Parcequ’avec raison, et parcequ’on l’invoque si souvent, on voudrait se contenter de pouvoir dire que l’on a toujours raison.

    Mais je dois raison garder, j’avais pourtant promis de ne plus recommencer.

    Mille excuses,

    Cordialement

  10. Didier Goux dit :

    Tiens, mon commentaire a buggué…

    Je disais que ce n’était pas ce texte qui risquait de me réconcilier avec Artaud (« De la littérature de cabanon ! », grommelait Léautaud…).

  11. corto74 dit :

    @loc: mais recommencez, très cher, recommencez à nous charmer de si joliment pondus commentaires ! J’aimerais pouvoir cocher ttes les cases qui me feraient rentrer raisonablement dans la normes mais il y a des choses qui demeurent impossibles !biz

    @boutfil: pas inspiré par cet Antonin ?

    @didier goux: allons bon, celui-ci ne trouve donc pas grace a vos yeux ! De la littérature de cabanon, ce Léautaud est un peu dur il me semble.

  12. corto74 dit :

    @boutfil: « Bien, bien, bien..l?es prudent notre Corto, s?est trop fait allumer ces derniers temps » tu ne crois pas si bien dire !!, je viens de t envoyer un email. bises

  13. boutfil dit :

    bien reçu le mail..il serait interressant d’avoir l’avis de Didier Goux la-dessus….pour moi, c’est un sombre connard……( pas Didier Goux) l’autre…..

  14. Didier Goux dit :

    Léautaud était souvent injuste, mais avec tellement de drôlerie ! À part ça, j’ai l’impression que vous tenez un troll de première grandeur…

  15. boutfil dit :

    @ Didier Goux, c’est rien de le dire……notre Corto en prends plein la tronche et vous et moi aussi……moi, j’en ai rien à battre, j’ai la couenne dure au fil du temps…

  16. Marianne ARNAUD dit :

    @ Tous
    Les claques c’est bon : ça fait circuler le sang !

  17. Didier Goux dit :

    Oh, pour la couenne dure, je me pose un peu là aussi !

  18. corto74 dit :

    @didier goux: Allez donc vous poser chez Oh91 pour voir ! :) :)

  19. Vlad dit :

    Tiens j’ai reconnu quelqu’un dans ta rubrique photo « Lui »… ;)

  20. corto74 dit :

    @vlad: ben j espere bien, c’était clin doeil a toi !

  21. Vlad dit :

    Merci beaucoup ! Le clin d’oeil n’est pas passé inaperçu
    Trop sympa le Corto :)

  22. eusebeetcie dit :

    Le personnage d’Artaud paraît très intéressant. Et son texte a quelque chose de très prophétique je trouve. Merci Corto.

  23. boutfil dit :

    j’ai aussi fait une réponse chez 0 91 avec toute la politesse dont je suis capable…….

  24. corto74 dit :

    @boutfil: avec tte ta politesse ! , … je crains le pire, vais aller voir !

    2 minutes plus tard… ça va t’es cool ! saisira-t-il l’occasion ?

  25. eusebeetcie dit :

    Mais de quoi vous parlez ?

    Je vois que je ne suis pas encore dans le cercle des initiés ^^

  26. corto74 dit :

    @eusebe: je t envoie un email ayant retrouvé ton adresse tu comprendra !

  27. Tambour Major dit :

    Oui le texte est délirant. Mais ce qui me frappe c’est que nos esprit délirants d’aujourd’hui n’écriraient pas différemment. Un délire d’une modernité sidérante.

  28. corto74 dit :

    @Tambour major: ah, merci, je desespérai de voir quelqu’un saisir la modernité de ce délire vieux de plus de 60 ans ! et nananère pour les autres ! biz

  29. Didier dit :

    Pour quelqu’un qui croyait retarder, il était drôlement en avance!

  30. Marianne ARNAUD dit :

    @ Tambour Major
    Vous avez raison ! Finalement, le délire est un genre universel qui se fout du temps et de l’espace et qui marche à tous les coups !
    J’ai relu le texte en remplaçant « Amérique » par « Israël » et « Américains » par « Israëliens ». Ca marche !

  31. LiKa dit :

    Je viens tout juste d’arriver sur ton blog, cher Corto.
    J’estime ton ouverture d’esprit, alors que c’est ce qui manque quelquefois à cette langue de p… de… Léautaud – lequel est follement amusant comme beaucoup de médisants, quand ils ont l’oeil, le talent et l’habitude de ne pas prendre de gants.
    Je signale tout de même qu’Artaud avait des ambitions plus « électrisantes » si je puis dire que celles de faire de la « littérature », harcelé par ses intuitions et délires mêlés. Contente qu’Eusèbe l’ait saisi.
    Et d’ailleurs pourquoi n’y aurait-il pas de « littérature de cabanon » ? Il y en a, d’ailleurs – Unica Zürn, par exemple… Ceux que cela rebute n’ont pas à dénigrer bêtement. Je pense à la boutade méprisante d’un homme de lettres d’importance qu’on interrogeait à propos de Proust. « Oh… c’est plein de duchesses… » Vieux souvenir : vais aller rafraîchir tout ça. (Ah, la mémoire… ! Qui a dit : « On passe la moitié de sa vie à retenir sans comprendre, et l’autre moitié à comprendre sans retenir » ?) Bisous, Corto.
    Je file au piano, car après j’ai un rancard d’importance à Stalingrad, devant la fontaine……..

  32. corto74 dit :

    @marianne: on peut remplacer aussi par iraniens, par syriens, par… oh non je n ose pas le dire :)

    @lika: tu as raison je suis sur et certain que Antonin sur et dans ses délires pensait à toute autres chose qu’à faire de la littérature c’est peut etre bien ce qui lui donne ce style et ton si particuliers !
    Un rencart ? à Stalingrad ? devant La Fontaine, zut, ce n’est pas avec moi ! bises

  33. Marianne ARNAUD dit :

    @ Lika
    C’est Gaston Gallimard qui avait refusé sur les conseils de Gide d’éditer « Du côté de chez Swann », qui se justifiait en disant quelque chose comme « Oh c’est plein de duchesses ! »
    Le livre fut donc édité à compte d’auteur chez Grasset, ce qui n’a pas empêché Proust de faire éditer « A l’ombre des jeunes filles en fleur » chez Gallimard, Gide s’étant sans doute ravisé, et pour lequel Proust a obtenu le prix Goncourt.
    Tout est bien qui finit bien, au royaume de la littérature tout du moins!

  34. LiKa dit :

    Merci, Marianne. Un peu de temps gagné. Et c’est vrai qu’en ce moment, j’apprécie.
    Monsieur Goux, si vous aimez les gens injustes avec drôlerie, avez-vous lu « Les Maîtres anciens », de Thomas Bernhard (en poche – et pas long) et tout le reste… ?
    Merci aussi, Tambour Major, pour ce que vous avez dit d’Artaud.

Laisser un commentaire

 

weekend |
blogprotectionanimale |
NATURALITE SAUVAGE |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | jerome2008
| AHL EL KSAR
| pachasirdarlin