Le condamné à mort – Le texte du dimanche (22)

Posté par corto74 le 20 juin 2010

Le condamné à mort - Le texte du dimanche (22) dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

06jean-genet-alberto-giacometti dans zOne Dimanche cuLture !Alors que le bourreau le bousculait, juste avant d’être guillotiné, Maurice Pilorge, jeune assassin de 20 ans, répliqua:  » Si vous êtes pressé, prenez ma place, voulez-vous… ». Jean Genet lui dédia ce poème: «  J’ai dédié ce poème à la mémoire de mon ami, Maurice Pilorge dont le corps et le visage radieux hantent mes nuits sans sommeil. »

Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve,
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.

Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Ni les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.

Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.

Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

Ô traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.

Jean Genet - 1910-1986  ( » Le condamné à mort  » – Extrait). A lire ici, Jean Genet par Jacqueline Lemaître. Illustration: Jean Genet par Giacometti.

boubat-genet.1202764256D’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

17 Réponses à “Le condamné à mort – Le texte du dimanche (22)”

  1. Suzanne dit :

    Corto: mis en musique et chanté par Hélène Martin…

    http://www.youtube.com/watch?v=1CumaK6iQng

  2. Didier Goux dit :

    Pareil que Suzanne… Marc Ogeret…

    Ô mon vieux Maroni ô Cayenne la douce
    Je vois les corps penchés de quinze à vingt fagots…

  3. corto74 dit :

    @suzanne: J’ai affaire a des connaisseurs ! figurez vous que j’hesitais entre la video d’Helene Martin et le texte; j ai préféré le texte, on peut aisement le relire ou le copier. Par contre, j’ai cherché desespérement « la poésie du Phallus » du même Genet , impossible… si vous avez ca en stock…

    @didier goux: vous « appréciâtes » ce poeme « bagnard »? , Pour m’être promené du coté de St Laurent, du bagne et de cayenne, à le lire,on pourrait imaginer que Genet y eut vécu !

  4. LiKa dit :

    Jean Genet, quelle bonne surprise, Corto. Lui et Samuel Beckett sont les deux écrivains dont le visage est sur nos murs, à la maison. Penser à eux fait du bien.
    Pour t’amuser, ceci : Genet, je ne l’ai jamais trouvé beau. Non. Et Sartre, non plus, n’est-ce pas. Eh bien, un jour Giacometti, après avoir longuement regardé Sartre, lui dit : « Sartre, vous êtes beau. » C’était dans un café, avec des amis. Sartre répond qu’on peut dire beaucoup de choses de lui, mais beau, ça non. Et Giacometti de réaffirmer que Sartre était BEAU. J’avais lu cela dans « Croquis de mémoire », de Jean Cau – un livre que je regrette de ne plus pouvoir trouver chez moi, car que de perles dedans ! Dieu sait qui l’a emprunté. tu l’aimerais beaucoup, ce livre ! Pour sûr ! Merci encore pour ce billet, et bonne nuit. Et mille excuses si je t’ai déjà servi cette anecdote (j’adore la raconter…)
    P-S : Une chose que j’aime chez toi : tu as le sens de la réciprocité. C’est rare.

  5. Jean-Charles Rey dit :

    Il y a peu c’était l’appel du 18 juin…Une période fertile pour Jean Jenet…

    Pompes funèbres

    Le petit gars de Paris accomplit son travail avec vaillance. D’abord il eut peur de faire du mal au Führer. Le membre était d’acier. De toute cette machine à supplice qu’était Paulo, la verge en était la pièce essentielle. Elle avait la perfection des rouages, des bielles fabriquées avec précision. ? Elle était également sans tendresse, sans douceur, sans le tremblement qui fait souvent frémir délicatement les plus violentes. Paulo prit des précautions et mit beaucoup de salive à sa bite, mais très vite il fut dominé par sa fonction de mâle. Il fonça jusqu’au fond. Il éprouva une grande joie à sentir le tressaillement de bonheur de Madame. La reconnaissance de la beauté de son travail le rendit fier et plus ardent. Ses bras, par en dessous, près des épaules, s’aggripèrent au bras de l’enculé, et il fonça plus dur, avec plus de fougue. Le Führer râlait doucement. Paulo fut heureux de donner du bonheur à un tel homme. Il pensa : >. Soulevant encore ses reins, sans sortir du trou : > et fonçant >. Et chaque mouvement de va-et-vient dans l’oeil de bronze, s’accompagnait mentalement d’une formule dont le lyrisme était dicté par le bonheur accordé. A peine eut-il une fois un léger ricanement, vite effacé, quand il pensa >. Hitler une main sur sa queue et ses parties mutilées, sentait cette ardeur s’exalter, encore que chaque coup de bite arrachât un râle de bonheur.

  6. corto74 dit :

    @lika: je crois en effet que ni Sartre, ni Genet n’étaient beau, ils avaient cependant une gueule comme on dit, une gueule qu’on oublie pas, presque révélatrice de ce qu’il y avait à l’intérieur ! Bisous de matin!

    @jc Rey: je ne suis pas un spécialiste de Genet et je comprend pas tout de cet extrait que tu as mis? Il est vrai, je crois, qu’il traîne une réputation un peu sulfureuse d’admirateur d’Hitler et de l’Allemagne d’alors, mais je crois, je n’en suis pas sur, qu’il admirait de façon « esthétique » la precision et l’avancement de l’Allemagne par rapport aux retards de la france de cette époque nullement de façon idéologique.
    En tt cas cela ne m’empêche pas d’apprecier ses ecrits !

  7. jeremie dit :

    @Suzanne : chanson reprise par Raphaël et daho http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/sur mon cou

  8. corto74 dit :

    @jérémie: je vais aller ecouter et ça tombe bien: Raphael me fait craquer tant il est chou et Daho, j’ai toujours aimé ce qu’il faisait ! merci

  9. Suzanne dit :

    Bon, tout allait bien avant qu’on parle de Daho. Pouacr, son interprétation à lui.

    Corto, je ne connais pas le poème que vous citez. Je vous conseille « Le journal du voleur, du même Genêt », en grand format Gallimard, avec des illustrations splendides en noir et blanc.

    Dans le Gallimard poésie où est publié le condamné à mort, il y a « le Funambule », un long poème en prose très très beau…

  10. corto74 dit :

    @suzanne: tout le monde ne connait pas H Martin , donc que Daho reprenne pourquoi pas s’il peut promener du Genet sur les ondes, ça change et ça me va bien ! Le Funambule, je connais; Le Journal du voleur m’en vais querir lecture ! merci.

  11. LiKa dit :

    J’avais copié sur mon « petit cahier essentiel » en papier recyclé,commencé il y a plus de quinze ans, un extrait de « Le Funambule » de Genet. Je suis allée le rechercher dans le désordre étouffant de cet étage…
    Ce saut qui est en toi, indompté, dispersé,
    donc malheureux
    Fais ce qu’il faut pour lui donner
    forme humaine.
    Corto, bisous. Et bisous aussi à tous les Cortophiles.

  12. corto74 dit :

    @lika: ce joli bout de texte aurait-il une autre intention que celui d’être lu ? Bisous a toi

  13. LiKa dit :

    Oui, bien sûr, fine mouche. C’est à toi que je pensais.

  14. corto74 dit :

    @gael: merci pour ce lien ! et le petite bio qui va avec est bien plus sympa a lire que celle de wiki

  15. LiKa dit :

    Qui êtes-vous, GaA… ? Merci pour cette belle photographie du jeune Jean Genet. Un visage émouvant, bouleversant même. On comprend son : « J’écris pour être aimé. »
    Dans un visage, avez-vous remarqué, les deux yeux n’expriment presque jamais les mêmes sentiments. Sur cette photo, l’oeil droit (à gauche pour nous qui regardons) est celui d’un rebelle, et l’oeil gauche, celui d’un chiot implorant la caresse.

  16. corto74 dit :

    @lika: tu peux aller sur le blog de Gael en cliquant sur le lien a droite  » le tout ou rien « . Bises

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