Lettre au père – Le texte du dimanche (24)

Posté par corto74 le 4 juillet 2010

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kafka_chateau dans zOne Dimanche cuLture ! 1919 – Franz Kafka a trente-six ans. Quelques années avant sa mort, l’écrivain, qui commence timidement à être reconnu, rédige une longue lettre, qui ne parviendra jamais à son destinataire, son père. Extrait:

 » De mes premières années, je ne me rappelle qu’un incident. Peut-être t’en souvient-il aussi. Une nuit, je ne cessai de pleurnicher en réclamant de l’eau, non pas assurément parce que j’avais soif, mais en partie pour vous irriter, en partie pour me distraire. De violentes menaces répétées plusieurs fois étant restées sans effet, tu me sortis du lit, me portas sur la pawlatsche (1) et m’y laissas un moment seul en chemise, debout devant la porte fermée.

Je ne prétends pas que ce fût une erreur. Peut-être t’était-il impossible alors d’assurer le repos de tes nuits par un autre moyen; je veux simplement, en le rappelant, caractériser tes méthodes d’éducation et leur effet sur moi. Il est probable que cela a suffi à me rendre obéissant par la suite, mais intérieurement, cela m’a causé un préjudice. Conformément à ma nature, je n’ai jamais pu établir de relation exacte entre le fait, tout naturel pour moi, de demander de l’eau sans raison et celui, particulièrement terrible, d’être porté dehors. Bien des années après, je souffrais encore à la pensée douloureuse que cet homme gigantesque, mon père, l’ultime instance, pouvait presque sans motif me sortir du lit la nuit pour me porter sur la pawlatsche, prouvant par là à quel point j’étais nul à ses yeux.

A cette époque, ce n’était qu’un modeste début, mais ce sentiment de nullité qui s’empare si souvent de moi (sentiment qui peut être aussi noble et fécond sous d’autres rapports, il est vrai) tient pour beaucoup à ton influence. Il m’aurait fallu un peu d’encouragement, un peu de gentillesse, j’aurais eu besoin qu’on dégageât un peu mon chemin, au lieu de quoi tu me le bouches, dans l’intention louable, certes, de m’en faire prendre un autre. Mais à cet égard, je n’étais bon à rien.

Tu m’encourageais, par exemple, quand je marchais au pas et saluais bien, mais je n’étais pas un futur soldat; ou bien tu m’encourageais quand je parvenais à manger copieusement ou même à boire de la bière, quand je répétais des chansons que je ne comprenais pas ou rabâchais tes phrases favorites, mais rien de tout cela n’appartenait à mon avenir. Et il est significatif qu’aujourd’hui encore, tu ne m’encourages que dans les choses qui te touchent personnellement, quand ton sentiment de ta valeur est en cause, soit que je le blesse (par exemple, par mon projet de mariage), soit qu’il se trouve blessé à travers moi (par exemple quand Pepa m’insulte). C’est alors que tu m’encourages, que tu me rappelles ma valeur et les partis auxquels je serais en droit de prétendre, que tu condamnes entièrement Papa. Mais sans parler du fait que mon âge actuel me rend déjà presque inaccessible à l’encouragement, à quoi pourrait-il me servir s’il n’apparaît que là où il ne s’agit pas de moi en premier lieu.

Autrefois, j’aurais eu besoin d’encouragement en toutes circonstances. Car j’étais déjà écrasé par la simple existence de ton corps. Moi, maigre, chétif, étroit; toi, fort, grand, large. Tu étais pour moi la mesure de toutes choses. (…)

A cela répondit par la suite ta souveraineté spirituelle. Grâce à ton énergie, tu étais parvenu tout seul à une si haute position que tu avais une confiance sans bornes dans ta propre opinion. Ce n’était pas même aussi évident dans mon enfance que cela le fut plus tard pour l’adolescent. De ton fauteuil, tu gouvernais le monde. Ton opinion était juste, toute autre était folle, extravagante, meschugge (2), anormale. Et avec cela, ta confiance en toi-même était si grande que tu n’avais pas besoin de rester conséquent pour continuer à avoir raison. Il pouvait aussi arriver que tu n’eusses pas d’opinion du tout, et il s’ensuivait nécessairement que toutes les opinions possibles en l’occurrence étaient fausses, sans exception.

Tu étais capable, par exemple, de pester contre les Tchèques, puis contre les Allemands, puis contre les Juifs, et cela non seulement à propos de points de détail, mais à propos de tout, et pour finir, il ne restait plus rien en dehors de toi. Tu pris à mes yeux ce caractère énigmatique qu’ont les tyrans dont le droit ne se fonde pas sur la réflexion, mais sur leur propre personne. C’est du moins ce qu’il me semblait.

Au vrai, tu avais si souvent raison contre moi que c’en était surprenant; rien de plus naturel quand cela se passait en paroles, car nous allions rarement jusqu’à la conversation, mais tu avais raison même dans les faits. Cependant, il n’y avait, là non plus, rien de spécialement incompréhensible: j’étais lourdement comprimé par toi en tout ce qui concernait ma pensée, même et surtout là où elle ne s’accordait pas avec la tienne. Ton jugement négatif pesait dès le début sur toutes mes idées indépendantes de toi en apparence; il était presque impossible de supporter cela jusqu’à l’accomplissement total et durable de l’idée. Ici, je ne parle pas de je ne sais quelles idées supérieures, mais de n’importe quelle petite affaire d’enfant. Il suffisait simplement d’être heureux à propos d’une chose quelconque, d’en être empli, de rentrer à la maison et de le dire, et l’on recevait en guise de réponse un sourire ironique, un hochement de tête, un tapotement de doigts sur la table: «J’ai déjà vu mieux», ou bien: «Viens me dire ça à moi», ou bien: «Je n’ai pas la tête aussi reposée que toi», ou bien: «Ça te fait une belle jambe!», ou bien encore: «En voilà un événement!»

Les déceptions de l’enfant n’étaient pas des déceptions de la vie courante, mais touchaient droit au cœur. Le courage, l’esprit de décision, l’assurance, la joie de faire telle ou telle chose ne pouvaient pas tenir jusqu’au bout quand tu t’y opposais ou même quand on pouvait te supposer hostile; et cette supposition, on pouvait la faire à propos de presque tout ce que j’entreprenais.

Cela s’appliquait aussi bien aux idées qu’aux personnes. Il te suffisait que quelqu’un m’inspirât un peu d’intérêt – étant donné ma nature, cela ne se produisait pas souvent – pour intervenir brutalement par l’injure, la calomnie, les propos avilissants, sans le moindre égard pour mon affection et sans respect pour mon jugement. Des êtres innocents et enfantins durent en pâtir. Ce fut le cas de l’acteur yiddish Löwy, par exemple. Sans le connaître, tu le comparais à de la vermine, en t’exprimant d’une façon terrible que j’ai maintenant oubliée, et tu avais automatiquement recours au proverbe des puces et des chiens, comme tu le faisais si souvent au sujet des gens que j’aimais. Je me rappelle particulièrement bien l’acteur, parce qu’à cette époque j’ai écrit ce qui suit sur ta manière de parler de lui:

«C’est ainsi que mon père parle de mon ami (qu’il ne connaît pas du tout), uniquement parce qu’il est mon ami. C’est quelque chose que je pourrai toujours lui opposer quand il me reprochera mon manque de gratitude et d’amour filial.»

Je n’ai jamais pu comprendre que tu fusses aussi totalement insensible à la souffrance et à la honte que tu pouvais m’infliger par tes propos et tes jugements. Moi aussi, je t’ai sûrement blessé plus d’une fois en paroles, mais je savais toujours que je te blessais, cela me faisait mal, je ne pouvais pas me maîtriser assez pour retenir le mot, j’étais encore en train de le prononcer que je le regrettais déjà. Tandis que toi, tu attaquais sans te soucier de rien, personne ne te faisait pitié, ni sur le moment ni après, on était absolument sans défense devant toi. Cependant, tu procédais de la sorte dans toute ta manière d’élever un enfant. Je crois que tu as un certain talent d’éducateur; ton éducation aurait certainement pu être utile à un être fait de la même pâte que toi; il aurait aperçu le bon sens de ce que tu disais, n’aurait point eu d’autres soucis et aurait tranquillement accompli les choses de cette façon; mais pour l’enfant que j’étais, tout ce que tu me criais était positivement un commandement du ciel, je ne l’oubliais jamais, cela restait pour moi le moyen le plus important dont je disposais pour juger le monde, avant tout pour te juger toi-même, et sur ce point tu faisais complètement faillite.

(…) Je t’en prie, père, comprends-moi bien, toutes ces choses étaient des détails sans importance, elles ne devenaient accablantes pour moi que dans la mesure où toi, qui faisais si prodigieusement autorité à mes yeux, tu ne respectais pas les ordres que tu m’imposais. Il s’ensuivit que le monde se trouva partagé en trois parties: l’une, celle où je vivais en esclave, soumis à des lois qui n’avaient été inventées que pour moi et auxquelles par-dessus le marché je ne pouvais jamais satisfaire entièrement, sans savoir pourquoi; une autre, qui m’était infiniment lointaine, dans laquelle tu vivais, occupé à gouverner, à donner des ordres, et à t’irriter parce qu’ils n’étaient pas suivis; une troisième, enfin, où le reste des gens vivait heureux, exempt d’ordres et d’obéissance.

J’étais constamment plongé dans la honte, car, ou bien j’obéissais à tes ordres et c’était honteux puisqu’ils n’étaient valables que pour moi; ou bien je te défiais et c’était encore honteux, car comment pouvais-je me permettre de te défier! … ou bien je ne pouvais pas obéir parce que je ne possédais ni ta force, ni ton appétit, ni ton adresse – et c’était là en vérité la pire des hontes. C’est ainsi que se mouvaient, non pas les réflexions, mais les sentiments de l’enfant.

L’impossibilité d’avoir des relations pacifiques avec toi eut encore une autre conséquence, bien naturelle en vérité: je perdis l’usage de la parole. Sans doute n’aurais-je jamais été un grand orateur, même dans d’autres circonstances, mais j’aurais tout de même parlé couramment le langage humain ordinaire. Très tôt, cependant, tu m’as interdit de prendre la parole: «Pas de réplique!», cette menace et la main levée qui la soulignait m’ont de tout temps accompagné.

Devant toi – dès qu’il s’agissait de tes propres affaires, tu étais un excellent orateur – je pris une manière de parler saccadée et bégayante, mais ce fut encore trop pour ton goût et je finis par me taire, d’abord par défi peut-être, puis parce que je ne pouvais plus ni penser ni parler en ta présence. Et comme tu étais mon véritable éducateur, les effets s’en sont fait sentir partout dans ma vie. (…)

Tes moyens les plus efficaces d’éducation orale, ceux du moins qui ne manquaient jamais leur effet sur moi, étaient les injures, les menaces, l’ironie, un rire méchant et – chose remarquable – tes lamentations sur toi-même. « 

Franz Kafka – (1883-1924)

kafkaD’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

(1) Le balcon qui fait le tour de la cour intérieure dans les maisons d’Europe centrale. (2) Terme yiddish, d’ailleurs presque passé en allemand: «fou, insensé».

23 Réponses à “Lettre au père – Le texte du dimanche (24)”

  1. Marianne ARNAUD dit :

    Et voilà comment, mon cher Corto, à force de souffrances, un petit garçon juif, fils d’un père autoritaire jusqu’à la démesure, démesure incluant l’antisémitisme – à ce que j’ai compris – s’est construit un très grand écrivain allemand, un de ces artistes prophétiques qui marquera à tout jamais la littérature universelle.

  2. corto74 dit :

    @marianne: allemand ? autrichien ? antisémite, peut etre pas si tant a consulter Wikipedia. Ce texte est un peu long mais en tombant dessus presque par hasard, j ai pas pu résister tant il me parle. Sa longueur sera peut etre fatale à une affluence de lecteurs mais peu importe ! bises

  3. Marianne ARNAUD dit :

    Quoiqu’on puisse dire pour faire plaisir à ceux-ci ou ceux-là, mon cher Corto, Kafka EST un écrivain de langue allemande.
    Quant à sa nationalité ? Disons tchèque, puisqu’il est né à Prague. Il y a quelques années on aurait dit : tchécoslovaque.
    En tant que juif, quel sort lui aurait été réservé par les nazis, s’il n’était pas mort si jeune ? On pose la question, mais on devine ! Il est l’archétype même de ce que les nazis appelaient « un artiste dégénéré », non ?
    D’ailleurs toutes les situations qu’il décrit font irrésistiblement penser aux divers totalitarismes, broyeurs d’individus tels qu’on les a connus en Europe.
    Mais une chose dont on a pas beaucoup parlé, c’est de l’antisémitisme des Juifs allemands eux-mêmes, qui lors des arrivées de Juifs d’Europe centrale, n’ont pas cru un seul instant qu’on pourrait – eux, si bien assimilés – les mettre dans le même sac que ces hordes dépenaillées d’arrivants !
    Il semblerait que le père de Kafka était de ceux-là.

  4. Didier Goux dit :

    Ce qui caractérise Kafka est avant tout, je crois, son « inappartenance » : pas tout à fait juif, pas tout à fait allemand, pas tout à fait tchèque…

    Sinon, mon cher Corto, si vous me donnez une adresse où vous l’envoyer, je suis tout disposer à vous graver un CD de cette « Lettre au père », enregistrée par… Merde, j’ai oublié qui ! Enfin, bon, c’est dans ma discothèque et c’est superbe : à vous de voir.

  5. corto74 dit :

    @marianne: avec des si …bien « assimilées « … N’avez vous point remarqué que au sein de chaque « espèce » ( j’emploie ce mot avec prudence ) certains se sont toujours estimés supérieurs aux autres . Rien de pire, l’histoire tend a le prouver, que ses hordes dépenaillées qui font peur aussi aux congénères bien installés. ( suis-je clair dans mon com ? ) Bises

    @didier Goux: avec grand plaisir tant cette lettre m’a plu; j’y ai trouvé quelques raisonnances ! vs envoie cela par email ! merci

  6. eusebeetcie dit :

    C’est drôle, dans une moindre mesure, ça me parle aussi.

    Et ton choix de texte rejoint étrangement une interview d’Anne Consigny donnée hier soir sur France Culture au sujet d’un film sorti mercredi dernier: http://www.nord-cinema.com/fiches/film,3757.html . Du moins apporte-t-il de l’eau à son moulin.

    Bises

  7. LoC dit :

    Bonsoir au maître des clés,
    Bonsoir à toutes et à tous,
    Le choix d’un tel extrait ne peut se faire en toute innocence. Il est des coïncidences étranges, et ce choix là, juste ce jour, en est une. Peu importe le pourquoi ou le comment, mais merci, vraiment merci.

    On peut voir dans l’éducation de Kafka la douleur nécessaire de l’éclosion du talent, de la construction d’un être.
    D’aucun en tireront la devise que tout ce qui ne tue pas rend plus fort.
    C’est vrai pour la maladie, les pertes…
    Mais la douleur qu’inflige un être cher n’est pas de celle qui construit, moins encore celle infligée par le père. Quand le fiel est le carburant de l’éducation, son odeur est persistante et rien de parvient à l’ôter vraiment.
    La douleur est une partie du talent de Kafka, mais c’est l’échos de cette douleur qui nous fait voyeur et qui nous émeut tant. Pour lui, le prix fut bien trop lourd.

    Non, vraiment j’y vois, dans cette lettre, le combat de la vérité.
    Il était si nécessaire que tout cela soit dit. Nécessaire pour le fils qui devait enfin cesser de se taire et nécessaire pour le père qui devait enfin comprendre à quel point il s’était trompé.
    Hélas, jamais parvenue, elle aurait pourtant adouci le goût du sang dans la bouche.
    Elle est aussi la vérité découverte du sens de l’éducation d’un enfant.
    Les règles, les valeurs, bien entendu, c’est indispensable.
    Mais la vérité de Kafka fut que s’il faut ainsi donner tout cela il faut avant tout aimer. Si vous l’aimez, si vous aimez ce qu’il est, mais aussi ce qu’il sera, et même le monde qu’il fera, tout cela viendra naturellement.
    Peu importe que ce monde là soit loin du votre, tant il est vrai que nul n’hérite de la terre de ses parents mais emprunte celle de ses enfants.

    Voilà bien des choses inspirées d’une lettre,
    Toutes mes excuses pour vous avoir ennuyés à ce point,

    Bien cordialement.

  8. corto74 dit :

    @eusebe: je crois qu’elle nous parle tous, plus ou moins, dès lors qu’il s’agit d’un père, non ? J’avais écrit un billet, avec bien moins de talent, sur la compréhension père-fils.

    @Loc: Mais de rien, encore que, étant curieux comme un poux… j’aurais aimé comprendre mais peu importe en matière de coincidence…
    Toujours est-il que  » la douleur qu?inflige un être cher n?est pas de celle qui construit » et sans aller jusqu’aux odeurs persistantes, il est vrai que parfois un père, même aimant, mais aimant plus par devoir que par amour peut etre un putain de handicap… Je ne sais pas si nous sommes sur la même longueur d’onde mais ton com’ me touche sincèrement.
    « Nécessaire pour le fils qui devait enfin cesser de se taire et nécessaire pour le père qui devait enfin comprendre à quel point il s’était trompé. »

    Biz du soir

  9. Marianne ARNAUD dit :

    @ LoC
    Moi aussi, votre commentaire m’a beaucoup touchée, et je vous en remercie.
    Que conclure de tout ce malheur accumulé sur la tête d’un enfant ?
    C’est qu’aucun parent n’est préparé à l’originalité d’un enfant, surtout s’il est génial, et si de plus, lui le parent, vit une réussite sociale qu’il veut la même pour son enfant, sans comprendre pourquoi il devrait en être autrement.
    J’ai connu un musicien, qui avant de ne se consacrer qu’à la musique a dû passer par l’Ecole des mines et être ingénieur, pour complaire à son père !
    Je pense que de telles situations existent à foison et qu’aucun parent n’est indemne de reproches que peuvent lui faire ses enfants
    enfants.
    Ainsi va la vie, et j’en profite, si mes enfants passent par ici, pour leur demander pardon des torts que j’ai pu leur faire.

  10. Ephrem dit :

    « Il n’y a pas de bon père, c’est la règle; qu’on n’en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri. Faire des enfants, rien de mieux; en AVOIR, quelle iniquité ! Eût-il vécu, mon père se fût couché sur moi de tout son long et m’eût écrasé. Par chance, il est mort en bas âge » Jean-Paul Sartre, Les mots, page 11.

  11. strauss.yvette dit :

    @ Didier Goux

    A la lecture des oeuvres de Kafka, je n’ai jamais trouvé aucun indice me permettant
    deceler une souffrance venant d’une inappartenance à une nation tchèque ou allemande, ou au fait de se sentir seulement à moitiè juif. Je crois qu’il se sentait complètement juif au contraire, et que c’est en tant qu’être humain qu’il souffrait et qu’il ne s’assumait pas. Mais je suis toujours prête à m’instruire si vous consentez à m’éclairer de vos lumières.
    Le tchèque était sa langue maternelle et l’eût-il utilisée pour écrire son oeuvre qu’il
    n’aurait pas eut la même nototiété internationale.

  12. Marianne ARNAUD dit :

    @ Ephrem
    N’est-elle pas fabriquée de façon étrange cette phrase de Sartre ?
    J’avoue que je suis allée vérifier car j’ai cru que vous aviez fait une erreur de transcription.
    En effet, si son père était mort « en bas âge », comme Sartre l’écrit, il n’aurait pas pu avoir d’enfant !
    Mais n’est-il pas admis depuis longtemps que Sartre a droit à tous les torts ?

  13. corto74 dit :

    @marianne: pourquoi eventuellement vous excuser, les parents font ce qu’ils peuvent. le seul bémol c’est qu’ils ont un peu trop tendance à vouloir des enfants qui leur ressemblent en oubliant de ne leur donner autonomie pourqu’ils puissent etre, les enfant, ce qu’ils veulent etre.

    @ephrem: La lecture de Sartre ne m’a jamais tenté mais cette phrase, du moins sa première partie est assez puissante !

    @strauss yvette: sans doute n’aurait-il pas eu la même notoriété, c’est une evidence. Comme quoi, meme l’écrivain doit s’adapter pour etre lu ! bises

  14. strauss.yvette dit :

    @ Corto

     » Les parents font ce qu’ils peuvent « , ça aussi c’est une évidence, constamment
    reprise, par tout le monde. Je ne serai pas du tout contre le fait d’avoir à passer un examen pour devenir parent.Il y aurait beaucoup moins de malheureux.
    Concernant Kafka et son odieux père, je ne trouve pas que l’oeuvre soit une consolation.
    Kafka était entièrement inapte à la vie. Et si consolation il peut y avoir à le lire,
    combien ont seulement passé leur temps à survivre en étant totalement improductifs
    et dans tous les domaines.

  15. corto74 dit :

    @stauss yvette: olala, comme vous y allez un examen pour être parent ! si l’idée pouvait à posteriori etre justifié pour certains, une telle proposition et vous seriez damnée par la bien pensance jusqu’à la 12em génération !

  16. Marianne ARNAUD dit :

    @ Yvette et Corto
    Et si c’était le destin des parents de se tromper, comme c’était le destin d’Oedipe de coucher avec sa mère ?
    J’ai l’impression d’écrire une espèce d’énormité, mais au moment où je me suis rendu compte que j’avais tout faux avec mes enfants, j’ai regardé autour de moi : il y avait des jeunes femmes qui connaissaient tout Dolto par coeur et néanmoins, elles ont fini par avoir tout faux aussi !
    Ce constat est un peu dur, je sais, mais l’examen pour devenir parent, alors là, je n’y crois pas du tout. Car qui le ferait passer cet exam ?

  17. strauss.yvette dit :

    @Marianne
    Il faut me lacher avec Dolto, je pensais en guise d’examen à tous les entretiens
    qui sont obligatoires pour l’adoption, et pourquoi pas pour avoir un enfant
    de façon naturelle?

  18. eusebeetcie dit :

    J’aime beaucoup vos dernières remarques Marianne! Je les trouve très justes ! Bises

  19. strauss.yvette dit :

    @ Marianne,

    Bien sur que les parents se trompent mais il était question d’autre chose : concernant
    Kafka d’un père qui fait preuve de sadisme et je ne me réfère qu’à ce que le cas sur lequel Corto nous donne à réfléchir. Quant à l’examen, c’était une outrance de ma part
    bien évidemment, je ne suis pas stupide au point de croire à une telle possibilité.

    Concernant Oedipe, Je crois que c’était mal barré dès avant sa naissance. L’oracle
    avait prédit à Laios son père qu’il ne devait pas avoir de de fils car celui-ci
    le tuerait. Il avait oublié semble-t-il, et il quand meme eu le gamin avec Jocaste.
    Pour s’en débarasser, il l’a enmené sur la colline, les pieds attachés.
    Et l’enfant devenu grand, a couché avec sa mère qu’il ne n’avait pas connue.
    Et ça aussi l’oracle l’avait prédit mais les humains n’écoutent jamais rien…

  20. corto74 dit :

    @strauss yvette: du sadisme de la part de papa kafka ou l’aveuglement d’un pere qui ne sait pas aimer ?

  21. strauss.yvette dit :

    @ Corto,
    Merci pour vos réponses.

    Et à votre question, je réponds sans hésitation :du sadisme, l’incapaciité d’aimer s’y ajoutant. Et une évidence de plus :il est beaucoup plus facile de régler ses comptes
    avec un enfant totalement dépendant qu’avec un adulte qui peut se défendre.

    Je trouve que le mot aveuglement est particulièrement bien choisi, ce père ne voir rien,
    alors, il est « innocent » .

  22. Lika dit :

    on m’a parlé, cher Corto, de ce billet que je lis enfin ce soir. Suis en Bretagne où il a été difficile de pouvoir parvenir à avoir internet. Ne vais pas avoir beaucoup de temps pour les blogs. Mais Kafka, comment laisser passer ! Merci de donner un texte de lui ! Et quelle coïncidence ! J’avais justement amené en bretagne les deux taductions qui ont été faites de cette lettre et voulais travailler mon allemand avec le texte original.
    Yvette, Kafka a dit un jour (et cela m’a frappée, car c’était mon cas pour le français) qu’il n’était qu’un locataire de la langue allemande (celle de la « culture », chez les Tchèques, n’est-ce pas) et que pour cette raison son vocabulaire ne pouvait être que simple. Bien sûr, ce n’est pas une citation. C’est juste un souvenir frappant.
    Tchekhov a eu un père du même genre. Ainsi que la poétesse Emily Dickinson. Et tant d’autres !
    Ah, Corto, si tu pouvais trouver ce que dit Tchekhov dans une lettre à Souvorine, où il explique comment il s’est aperçu que ce n’était plus du sang d’esclave qui coulait dans ses veines mais le sang d’un homme libre ! Un texte magnifique ! Ici, je n’ai emporté que ce dont j’ai besoin pour travailler ! Quel malheur ! je t’embrasse, cher Corto, ainsi que tous ceux que je connais chez toi ! Nous avons du ciel bleu tous les jours. Et du vent pour ne pas trop sentir la chaleur. C’est ce que je souhaite à tous pour cet été. Bisous tout plein.

  23. corto74 dit :

    @lika: quoi, quoi, quoi ? on vous a parlé de ce billet ? ma notoriété a atteint la bretagne ? je suis rouge de confusion. cette lettre m’a en quelque sorte bouleversé et pourtant suis tombé dessus par hasard!
    « Ici, je n?ai emporté que ce dont j?ai besoin pour travailler  » que diable, tu es en vacance pourquoi travailer: respire, profite, repose toi, souffle, chante, évacue, promene toi, chante, goûte , mais non, ne travaille pas, Vacances … bises a toi et je chercherai pour Tchekov et Souvorine mais donnat , donnat, moi je cherche et toi tu »vacance » :)

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