Des râles sans fin – Le texte du dimanche (25)

Posté par corto74 le 11 juillet 2010

Des râles sans fin - Le texte du dimanche (25) dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

tiresias_jouhandeau_figure dans ZoNe GaYC’est avec Tirésias, paru anonymement en 1954 dans un tirage de 150 exemplaires, que Marcel Jouhandeau aborde le sexe entre hommes. C’est probablement pour cela que le texte restera anonyme et qu’il sera toujours réticent à le reconnaître. Tirésias est organisé autour du récit de ses amours avec quatre hommes, Richard, Philippe, Le Nain et Pierre, qu’il rencontre dans un bordel d’hommes. C’est Richard qui, pour la première fois, lui fait prendre goût à la sodomie.

Extrait:

« Dès que je vais être prêt, il vient me chercher, m’attire à lui et je commence à trembler, à geindre de peur, à supplier qu’il me ménage, qu’il ne soit pas brutal, trop dur, comme le volatile, que guette un vautour ou le couteau du sacrificateur. Alors, il me donne de doux noms par monosyllabes ensalivés, dont je comprends moins le sens (il parle un argot à lui) que la gentillesse volontaire ou l’ironie, quand il ne les pimente pas tout d’un coup de grossièretés, cette fois claires, ou de quelque menace qui me glace de terreur. En même temps sa main me touche au bon endroit, sa caresse m’excite et m’apaise, il m’entoure peu à peu la taille de son bras massif qui pèse sur ma hanche et tout d’un coup me ceinture et me broie. Son visage s’éclipse, je le sens descendre le long de mes reins, à la recherche de profondeurs qu’il visite comme chez lui. Au passage de son doigt, puis de sa langue, je m’épanouis. La confiance naît.

tiresias_jouhandeau_figure_XIIA peine ai-je senti sa chaleur installée en moi, son visage remonte des abîmes. Comme s’il frôlait chacune de mes vertèbres l’une après l’autre au passage et c’est quand il me mord la nuque et que je sens son corps allongé le long du mien, ses tétins sensibles au-dessus de mes épaules, que la pointe carrée de son phallus, battant mes fesses, comme exprès pour me faire éprouver sa raideur, hésite encore une fois sur le seuil et enfin me pourfend. Bien en selle, après une longue promenade au trot, d’un coup de rein, il me retourne et mes jambes passées comme un collier autour de son cou, je peux contempler, entre ses deux épaules qui me cachent toute la pièce, une Face de Titan maussade qui se balance, passant de l’insulte la plus cruelle à la câlinerie, d’une expression de douleur à la béatitude, avant de se fondre de bonheur. Sa bouche à la mienne attachée, nos yeux se ferment en même temps que sa sève brûlante m’inonde et que la mienne se répand entre nos deux cœurs, débâcle saluée par des râles sans fin, comme il n’arrive qu’aux bêtes fauves qui s’accouplent dans les forêts. »

Tirésias – Marcel Jouhandeau (1888-1979).

1_03D’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

(illustrations d’ Elie Grekoff)

14 Réponses à “Des râles sans fin – Le texte du dimanche (25)”

  1. Didier Goux dit :

    Tiens, jamais lu, celui-là. Il faut dire que Jouhandeau a tant écrit…

    Pour l’instant, je me suis à peu près cantonné au cycle de Chaminadour et aux désopilantes « Chroniques maritales ».

  2. corto74 dit :

    @didier goux: il a tant ecrit en effet, j’ai découvert il y a un ou deux ans, passionnant. Quant à ce Tirésias ( qui inspire peu en commentaire les visiteurs pourtant nombreux, bizarre…) faut avouer qu’écrire cela en 1954, il fallait etre gonflé surtout quand on songe a la notoriété qu’il avait déjà. Mais parait-il que Sartre, Cocteau et d’autres le soutenaient.

  3. boutfil dit :

    ben oui, commentaires légers…que veux tu dire , on lit mais…tu sais combien l’homsexualité ne me déranges pas mais ces écrits me gratouillent un peu…tout comme les descriptions des hétéros d’ailleurs, je suis sans doute d’une génération ou ces écrits devaient être lus  » en douce »
    bisous et bonne semaine

  4. corto74 dit :

    @boutfil: mais pas de soucis ! mais c’est amusant de constater que ce texte est le texte du dimanche qui a été le plus lu mais le moins commenté ! bisous

  5. Etienne dit :

    Des causses noirs et de Laguiole, tu nous entraînes vers des chemins vertigineux aux goûts de désirs et d’émotions. Chemins d’école buissonnière qu’il fait bon emprunter au lieu de s’enliser dans les crasses noirceurs de la politique et de ses affaires. Un brin régénérant, somme toute. En tout cas, moi, j’apprécie !
    Biz

  6. LoC dit :

    Bonjour au Maître des clés,
    Bonjour à toutes et à tous,

    Que dire à cette lecture?

    Peut-être :
    « Qu’elle abordait, soudaine, mes berges d’une houle habile et mesurée, faisant marée profonde lissant nos plages dorées. Moi, océan, elle, fleuve, nous delta aux écumes éphémères et divines. Portez à l’oreille, la coque où les remous époumonés trahissent les sens affolés.
    Ses vagues profondes sur un sable mouillé éclipsent lentement la pudeur oubliée. Elles lissent la plage dont on fait les châteaux, et inondent enfin les douves qu’elles ont trouvées, puis creusées. »

    Ou, plus surement:

    Que les mots peuvent tout dire et qu’il faut les pourfendre pour feindre de ne pas en lire le sens avec ses seuls sens.
    Mais, chuutttt!
    Aujourd?hui la censure nous susurre que nos sens ne sont pas très surs?

    Cordialement

  7. galoune dit :

    Et ben j’adore, le sexe écrit!
    Filmé, ça pue toujours, à mon goùt, écrit, cela laisse toute liberté à tous!!! Libertée de fantasmer, de se retirer, se retrancher dans ses rêves et ses pudeurs…
    Le plus lu et le moins commenté, logique, et il vaut mieux ça que les cris de haine des mal-b… en tous genres…
    Bises à toi!!!
    Nous sommes partis en vacances ensemble, non?

  8. corto74 dit :

    @etienne: tu veux pas changer de pseudo, j ai l’impression de répondre à moi-même :) Merci en tout cas ! biz

    @loc:comme d’habitude tes lignes sont fort jolies et agréables a lire ! et cette censure qui nous sussurre… j’adoooore !

    @galoune: comment va ? non ns ne sommes jamais partis ensemble il me semble mais avons tous vécus, selon l age, des vacances familiales similaires ! quant a ce texte, bien écrit, il raconte une tranche de vie comme une autre non ? :) bises à toi

  9. galoune dit :

    Une tranche de vie dans la série « plaisirs » ça peut faire peur… Se faire plaisir, c’est mal, même si lorsqu’on est aigri on fait chier tout le monde!!!
    :-)
    Ca va, je bosse 13j/14, mais je considère encore ça comme une chance!
    Et toi?
    Bises

  10. galoune dit :

    Ton prénom est aussi Etienne?

  11. corto74 dit :

    @galoune: oui mais chuuut ! :) et toujours pôleur !

  12. bibliotheque-gay dit :

    Si vous avez aimé mon site, n’hésitez à l’ajouter à votre liste de liens. J’y verrai comme une forme de reconnaissance pour le travail fait (travail auquel je trouve beaucoup de plaisir)

  13. galoune dit :

    Bon toujours pôleur, je m’en doutais, mais toujours heureux, où complêtement à bout???
    Je pense à toi, à ça, à la poire pour la soif qui n’a qu’un temps… Je croise….
    Bises.

  14. corto74 dit :

    @bibliotheque gay: coucou, ton site est de qualité et vachement bien fait, bravo. Je cite ds « mes » textes du dimanche les sources et tu es en lien ds mon billet. reviens qd tu veux ! biz

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