Ou allez vous, jeunes gens ? – Le texte du dimanche(27)

Posté par corto74 le 25 juillet 2010

Ou allez vous, jeunes gens ? - Le texte du dimanche(27) dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

.manifestation_jeunes_France_m dans zOne Dimanche cuLture !En pleine affaire Dreyfus, Zola publie toute une série d’articles; peu de temps avant son célèbre « J’accuse« , il écrit le 14 décembre 1897 cette lettre à la jeunesse:

 » – Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui courez en bandes par les rues, manifestant au nom de vos colères et de vos enthousiasmes, éprouvant l’impérieux besoin de jeter publiquement le cri de vos consciences indignées ?

Allez-vous protester contre quelque abus du pouvoir, a-t-on offensé le besoin de vérité et d’équité, brûlant encore dans vos âmes neuves, ignorantes des accommodements politiques et des lâchetés quotidiennes de la vie ? Allez-vous redresser un tort social, mettre la protestation de votre vibrante jeunesse dans la balance inégale, où sont si faussement pesés le sort des heureux et celui des déshérités de ce monde ?

Allez-vous, pour affirmer la tolérance, l’indépendance de la raison humaine, siffler quelque sectaire de l’intelligence, à la cervelle étroite, qui aura voulu ramener vos esprits libérés à l’erreur ancienne, en proclamant la banqueroute de la science ? Allez-vous crier, sous la fenêtre de quelque personnage fuyant et hypocrite, votre foi invincible en l’avenir, en ce siècle prochain que vous apportez et qui doit réaliser la paix du monde, au nom de la justice et de l’amour ? [...]

Ô jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité, posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d’obscurités peut-être, mais à coup sûr l’effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d’être encore plus généreuse, plus libre d’esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l’éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller chaque matin avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.

Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l’idée de justice s’obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos codes, qui n’est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l’innocence possible d’un condamné, sans croire insulter les juges. N’est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n’est toi qui n’es pas dans nos luttes d’intérêts et de personnes, qui n’es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peut parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ? [...]

- Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de vos vingt ans ?

- Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice ! « 

250px-zola_1902b Emile Zola, Lettre à la jeunesse, 1897

19 Réponses à “Ou allez vous, jeunes gens ? – Le texte du dimanche(27)”

  1. unpeudetao dit :

     »
    Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont
    tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer
    publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller
    chaque matin avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie
    tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des
    ambitieux. La dictature est au bout. »

    Bon texte.. Peut-être d’actualité?

    Jeunesse, réveillez-vous!

    Amicalement, Unpeudetao!

    Dernière publication sur Contes, légendes, fables et histoires. : Histoire de cheval (Conte soufi)

  2. Didier Goux dit :

    On retrouve là toutes les illusions du XIXe siècle, à propos du Progrès. Certaines phrases sont « bêtes comme du Hugo », si je puis dire.

  3. charline dit :

    Un texte marrant à lire. Un style un peu caricatural mais, ça détend.

    J’ai compris le message je dois me réveiller, il est dimanche 16h, je viens de me lever ca vous va?

  4. Marianne ARNAUD dit :

    Et une quinzaine d’années plus tard, mon cher Corto, toute cette « belle jeunesse » allait servir de chair à canon dans une de ces belles boucheries que l’Europe a su nous concocter au XXème siècle !
    Mais nous, sommes-nous capables de nous souvenir des souffrances de ceux-là et aussi de celles de la génération qui a suivi ?
    J’ai comme un doute. La dictature est toujours au bout. Mais cette fois il s’agit de la dictature de l’argent. Elle sera tout aussi cruelle et elle fera aussi des millions de victimes à travers le monde, sauf qu’on ne pourra pas faire de procès de Nuremberg parce qu’on ne mettra jamais la main sur les coupables.

  5. Marianne ARNAUD dit :

    C’est dimanche et voici ce qu’écrivait Jean-Jacques Rousseau, un dimanche aussi peut-être, en 1769, lors d’un séjour à la Jasserie du Pilat où j’ai déjeuné – fort bien – tantôt :

    « Combien le coeur rit quand on approche du gîte !
    Combien un repas grossier paraît savoureux !
    Avec quel plaisir on se repose à table !
    Quel bon sommeil on fait dans un mauvais lit ! »

    Et vingt ans plus tard…
    Mais ceci est une autre histoire.

  6. corto74 dit :

    @didier goux: vous avez parfaitement raison: les illusions du 19e, des phrases un peu bétasouilles mais quand je suis tombé sur ce texte, en le lisant, je me demandais à quand remontent les dernières manifs ou mouvements sociaux d’importance ayant pour déclencheur la jeunesse en colère, inquiète, ulcérée ou tout simplement pas d’accord avec l’évolution ? Je ne parle pas des manifestouilles anti-CPE etc… non un vrai truc qui bouge ! J’ai cherché et je n’ai pas trouvé. Ya bien 68 mais bon la jeunesse, à part celle de St michel…
    Et pourtant, elle aurait de quoi être en colère la jeunesse d’aujourd’hui, non ? A moins qu’elle ne soit tellement préoccupée par la santé de son nombril …

    @marianne: voir mon com a d Goux. Pour la dictature de l’argent, ce n’est pas nouveau, il me semble. Certes la jeunesse de l’époque a servi de chair a canon, au moins a -t-elle servi ( un brin de cynisme ). Mais je ne cesse d’être étonné par le calme, l’atonie de la jeunesse d’aujourd’hui. N’a-t-elle donc aucun motif de mécontentement, d’interrogations de remise en cause du système, de la dictature de l’argent, par exemple … curieux

    @Charline et Tao: Bienvenue ici !

  7. boutfil dit :

    je crois bien que la jeunesse d’aujourd’hui pense à sa retraite..triste époque….

  8. Didier Goux dit :

    J’allais répondre la même chose que Boutfil.

    Pour la dictature de l’argent, je pense qu’elle date du jour où un demi-singe à accepter d’échanger son steack de mammouth contre deux cailloux qui brillent…

  9. strauss.yvette dit :

    à Corto
    Pas nouveau la dictature de l’argent? Il me semble que jamais la richesse n’a
    été autant confisquée par une minorité. C’est le résultat de trente années de
    politiques libérales menant à la mondialisation triomphante. Les jeunes le savent car
    ils sont très bien informés. Il suffit d’aller lire ce qu’ils disent sur leurs
    réseaux. Dire qu’ils ne pensent qu’à leur retraite est une absurdité. Je crois
    plutot que leur souci est de trouver du travail et celà, quelle que soit leur
    niveau de formation.

    Et celà me donne le sentiment d’un gachis difficilement rattrapable car les politique
    me paraissent impuissants face aux pouvoirs de la finance mondiale.

  10. corto74 dit :

    @strauss yvette: « Dire qu?ils ne pensent qu?à leur retraite est une absurdité », non pas d’accord et je plussoies ce que disent d. Goux et ma copine Boutfil. Je crois que les jeunes ne pensent a pas grand chose d’autre qu’à un parcours de vie: etudes, boulot, retraite ce qui peut se résumer en un besoin évident de sécurité, de protection, de « pas le droit à l’erreur » et comment les en blâmer devant l’insécurité et les incertitudes du quotidien. Nous, vous, moi, mes « parents » avons »réussi » à les insécuriser. Il me semble que, avant, la peur du lendemain, n’était pas aussi flagrante. Tenez, moi, à 20ans, je me foutais royalement de ce qu’il pouvait advenir demain. Le Carpe diem n’est plus de mise aujourd’hui, c’est bien dommage. Bises

  11. LoC dit :

    Bonjour au Maître des clés,
    Bonjour à toutes et à tous,
    Monsieur Zola faisait de bien belles propositions. Mais je ne parviens jamais, en lisant ses lettres à la jeunesse, comme tant d’autres textes du même style, à en accepter la question de fond.
    Chaque fois, je ne peux m’interdire de penser que la question n’est pas, en réalité, « où allez-vous jeunes gens? », mais plus exactement:
    « Jeunes gens, pourriez-vous aller là où nous n’avons pas su nous rendre? »

    De là à ne plus lire dans ces lignes un espoir mais un regret, il n’y a qu’un pas qu’il n’est guère rassurant de faire.

    Cordialement,

  12. strauss.yvette dit :

    @loc et Corto

    Vous avez dit  » nous les avons insécurisés  » et loc  » faire ce pas n’est pas rassurant  »
    D’accord avec vous, alors les discours :innéficaces et  » Carpe Diem « philosophie inadéquate. Et je « plussoie », Je ne vois pas ce qu’il y a d’aberrant à se préoccuper
    de son parcours de vie quand il en est encore temps. Sinon, carpe diem avec une sébille
    sur le trottoir. C’est un signe de vitalité, je le vois comme ça

    Petite remarque : le verbe plussoir se décline comment à l’imparfait du subjonctif ?

  13. strauss.yvette dit :

    Je corrige ma phrase toute mal fichue.
    Je voulais dire : je vois un signe de vitalité dans le fait de se préoccuper de son
    avenir, et pas bien sûr dans le fait de se retrouver sur un trottoir avec une
    sébille.

  14. Marianne ARNAUD dit :

    La grande différence en ce qui concerne la finance et l’économie c’est que ce sont les Chinois, aujourd’hui, qui nous tiennent le couteau sur la gorge. Les supplices qu’ils nous préparent au XXIème siècle, n’auront rien à envier à nos petits massacres entre amis du XXème.

  15. corto74 dit :

    @loc: »Jeunes gens, pourriez-vous aller là où nous n?avons pas su nous rendre?? » Tu attaques fort pour un lundi matin :)

    @yvette: Que se preoccuper de sa retraite soit un signe de vitalité ? ou bien de survie, dans le sens, pouvoir vivre quand la société n’aura plus besoin de nous … Ce qui est sur c’est que cette fin de vie est devenue , il me semble et je peux me tromper, la préoccupation majeure. Ce n a pas ététoujours le cas et c’est dommage .
    Plussoir ou Plussoyer n’ont apparemment pas de zinzin du subjonctif. Ce verbe n’est pas référencé par l’Académie, uniquement par la blogosphère !

  16. Didier dit :

    Les jeunes? Ils font ce que l’on en fait. Et actuellement, c’est pas brillant. Tant d’intelligences et d’énergies gâchées, de personnalités bassement contrites à regarder derrière pour voir devant sans mystère d’avenir sinon binaire, absentes au devenir de l’humanité ; danger à croire que nous puissions être arrivés, vivre et exister sont des notions tellement différentes.

    Je ne peux pas trop philosopher sur ce texte ancestral car je ne suis pas assez calé en histoire mais l’on peut effectivement y repérer des préoccupations d’un autre temps qui auront fini en magistrale débâcle à d’autres profits. Nous ne sommes là qu’à une grosse vingtaine d’années de la révolution française, quand on pense que deux siècles plus tard certains pestent toujours contre de forts relents monarchiques…

  17. strauss.yvette dit :

    à Corto,

    Je me suis mal fait comprendre, je n’ai jamais dit que pour un jeune c’était un signe
    de vitalité de se préoccuper de sa retraite. Et j’ai du mal à imaginer ce genre
    de « jeunesse », mais apparemment vous en connaissez.

    Personnellement, ça ne m’a JAMAIS inquiétee de savoir quand et combien et même maintenant
    je ne me rend pas malade pour ça. En revanche, je regrette de n’avoir pas été
    plus consciente de l .obligation d’exercer une profession pour trouver MA place. La
    vitalité pour moi, c’est ça et rien d’autre

  18. Roland dit :

    LA question? Où les jeunes vont-ils nous mener? Mais encore…
    Où la société d’aujourd’hui avec ses valeurs douteuses va-t-elle nous mener?
    Il ne suffit plus aujourd’hui d’être optimiste, voire idéaliste.
    « Mille choses avancent; neuf cent quatre-vingt-dix-neuf reculent: c’est là le progrès. » (Henri-Frédéric Amiel)
    Bye

    PS. Petit retour…
    (20 juillet): J’ai hésité. J’ai visonné le clip. Ça donne la chair de poule. Que dire de plus?
    (13 juillet): Ce Robin des bois de l’intégrisme montre jusqu’où l’hommerie peut aller.

  19. corto74 dit :

    @didier: c’est bien cela qui me gène un brin:plus pour vivre que pour exister! En tt cas, pas l’impression que nous ayons envie que cela change et la jeunesse semble se plaire ou complaire la dedans, se pose-t-elle les questions ,

    @strauss yvette:ah bencomme cela nous sommes d’accord. En tt cas je vous garantis que les jeunes nombreux que je connais ont une vision tres materielle de leur avenir, avenir qui semble ne déboucher que sur la retraite! bises a vous

    @roland: Bienvenue a bord ! je ne demande rien aux jeunes , ils n ont pas à nous mener, nous nous sommes , bien ou mal, arrivés.
    Mais a part le confort et la sécurité, je ne vois guere d’idéaux pousuivis .
    reviens qd tu veux .

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