L’absence des hommes – Le texte du dimanche (31)

Posté par corto74 le 29 août 2010

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Philippe-Besson-En-l%27absence-des-hommes dans zOne Dimanche cuLture !Dans En l’absence des hommes, Philippe Besson nous raconte l’histoire de Vincent, un jeune homme de bonne famille de 16 ans. A l’été 1916, Vincent, insouciant au monde en feu qui l’entoure, fera 2 rencontres importantes: Marcel Proust et Arthur, le fils de sa gouvernante, 20 ans , soldat en permission. Vincent découvre ainsi la passion dans les bras d’Arthur; durant sept nuits, ils vont se reconnaître, s’aimer d’un amour fou, pur, sans contrainte.

 « Et voilà que tu débarques dans mon existence, Arthur, sans même prévenir, sans crier gare, avec ton cortège effroyable de cadavres, de bombes, de boue, ton expérience affreuse, inaudible de la douleur, de l’incompréhensible, de l’incommunicable, voilà que tu es là, tout à coup, debout devant moi, dans le costume de tes vingt ans, et que tu me regardes de tes yeux tristes, fatigués, à peine accusateurs, au point que je préfèrerais qu’ils soient pleinement accusateurs. Voilà que tu dis : prends-moi dans tes bras, qu’au moins, la vie, ça ne soit pas seulement cette angoisse de la mort qui rend fou, cette attente permanente, insupportable de la mort prochaine. Prends-moi dans tes bras, pour que je sois autre chose que ce soldat crotté, cet anonyme des tranchées du nord de la France, cette ombre grise et sale. Prends-moi dans tes bras, pour qu’il y ait le soleil, la chaleur, la douceur, toutes ces choses que nous avons oubliées, que nous avons perdues. Prends-moi dans tes bras, sans réfléchir, corps contre corps, bouche contre bouche, donne-moi ta chair laiteuse à embrasser, à caresser.
 
Et bien sûr, je te prends dans mes bras…
 
Pourquoi je me suis décidé aujourd’hui à faire l’aveu de cet amour, je ne sais pas l’expliquer vraiment. Peut-être la peur de la mort se fait-elle encore plus grande, la menace plus présente, et alors il faut parler, il faut dire avant de mourir, il ne faut pas mourir avec ce secret-là, ce beau secret. Et puis, c’est trop lourd à porter, trop pour un seul homme, c’est impossible de demeurer avec ça encore. Il faut parler pour ne pas sombrer dans la folie, sans doute.

Tu dis : c’est un geste de vrai désespoir et un geste pour se sauver. »

En l’absence des hommes, Philippe Besson , Ed. Julliard, 2001, Prix Emmanuel Roblès.

philippeD’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

 

9 Réponses à “L’absence des hommes – Le texte du dimanche (31)”

  1. Marianne ARNAUD dit :

    C’est un très beau texte que vous avez choisi là, mon cher Corto !
    Il est tout à fait bien venu sur ce blog.
    Il es plein de passion et de pudeur. Je l’aime beaucoup.

  2. boutfil dit :

    Je suis aussi du même avis..très joli texte!!
    bises pour toi

  3. corto74 dit :

    @marianne: et encore vous n avez pas tout lu. L’amitié imaginée par besson entre Proust et Vincent donne de savoureux moments et de superbes échanges. Vous aimez Proust, vous devriez apprécier.

  4. arthur dit :

    ce bouquin est magnifique…à lire d’urgence , quand on n’a pas lu….c’est marrant, j’ai également mis sur mon blog courant aout un extrait de ce magnifique livre…

  5. corto74 dit :

    @boutfil: Bisous a toi !

    @Arthur: ravi de te revoir ici ! Je reviens de chez toi voir ton extrait. Biz

  6. Didier dit :

    Effectivement très bel extrait. Peut-être l’intégralité cet hiver, si j’ai le temps de bouquiner…

  7. corto74 dit :

    @didier: tu trouveras sans aucun doute le temps, ca vaut le détour

  8. LiKa dit :

    Tout va bien jusqu’à : »Voilà que tu dis »… A partir de là c’est trop « léché » pour me toucher – il est bien littéraire, le fils de la gouvernante… Je suis peinée que tu n’aies toujours pas lu « La chambre de Giovanni »… Mais moi, je lirai ce livre dont tu parles. Tes goûts littéraires m’intriguent. Justement parce que je sais que tu es sincère.

  9. corto74 dit :

    @lika: curieux, je ne trouve pas cela trop léché mais plutôt « vrai » comme on aimerait pouvoir le dire sans jamais oser. La chambre de Giovanni, oui, toujours pas lu, il est noté sur une liste, il attendra son tour :) Bisous

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