Paroles d’amour – Duneton, le texte du dimanche (37)

Posté par corto74 le 17 octobre 2010

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016 dans zOne Dimanche cuLture !Écrivain, comédien, linguiste et ancien enseignant, Claude Duneton est avant tout un homme de lettres. Passionné par le langage, il s’intéresse aux nombreux trésors que recèle la langue française et passe pour être un véritable dénicheur de l’origine de ses expressions. Il a signé une étude érudite sur la fragilité du français face aux influences extérieures, notamment anglo-saxonnes.

« Au lieu de se contenter de glisser des regards obliques vers les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics, certains chercheurs du Texas ont voulu savoir si, et comment, la passion amoureuse modifie le langage.

Il faut être hardi pour avoir des idées pareilles ! En tout cas le professeur Pennebaker et sa collègue Molly Ireland ont mené l’enquête à partir de deux couples de poètes, l’un du XIXe et l’autre du XXe siècle. Ils se montrent formels: «Ceux qui sont profondément amoureux parlent et écrivent de même façon; ils imitent et répètent les mots et les phrases que l’autre emploie. Mais si la relation s’aigrit, ce langage commun se fracture et ils recommencent à paraître de nouveau étrangers.»

La chose semble naturelle et surprenante à la fois, car il ne s’agit pas simplement d’utiliser les mots de son partenaire en passion, ni des petits mots d’amour que deux êtres en symbiose s’inventent pour leur usage privé – non, c’est toute une syntaxe qui devient similaire, disent les auteurs, avec «les façons d’utiliser les pronoms, les prépositions et d’autres mots dans des phrases diverses». Le décompte des coïncidences se fait à l’ordinateur, évidemment, et les résultats seraient suffisamment fiables pour que l’on puisse déterminer à quel degré d’intensité amoureuse se trouve le couple. Pratique, non? Entre 1200 et 2000 incidences l’amour est fort; à 2500 la passion crépite de tous ses feux – mais si le compteur tombe à 600 ou 500, c’est le torchon qui brûle !

Ces résultats ont été obtenus avec la langue anglaise, je ne sais pas si la même recherche serait conductible en français. Car en anglais le jeu des prépositions et des postpositions, par exemple, permet de tricoter des phrases personnelles qui se prêtent à l’imitation, consciente ou inconsciente. Il n’est pas certain que la violence de l’amour soit capable de faire bouger de la sorte la syntaxe du français qui est un peu moins frivole. Au premier abord on voit mal comment la parole d’amour infléchit les gallicismes. Ou alors il faudrait se rabattre sur le seul lexique – la fréquence de l’argot familier dans les échanges? À mon avis le baromètre du professeur Pennebaker ne sera pas facilement applicable aux French lovers. »

Chronique de Claude Duneton, Le Figaro Littéraire , 14 octobre 2010.

duneton-claudeD’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

14 Réponses à “Paroles d’amour – Duneton, le texte du dimanche (37)”

  1. Marianne ARNAUD dit :

    Mon cher Corto, vous avez du génie ! (C’est mon côté cireuse de pompes qui vient de se mettre en branle !)
    Depuis le temps que je lis le Figaro Littéraire et que je me régale chaque semaine à la lecture du billet de Claude Duneton, je n’avais jamais encore eu l’occasion de voir sa tête. Eh bien ! je ne suis pas déçue. Ce petit sourire et ces yeux pétillants de malice.
    On aimerait bien le connaître, le présenter à Boutfil !
    Quant aux lettres d’amour qui bégayent, non, je n’en ai pas écrit ni reçu. Ou du moins je ne m’en souviens plus.
    Si, je me souviens d’un amoureux qui m’avait dit : « Fais attention à ce que tu pourrais écrire, car les écrits restent. »
    J’avais été guérie d’un coup de lui écrire quoi que ce soit.

  2. strauss.yvette dit :

    « Ceux qui sont amoureux parlent et écrivent de façon identique »

    J’avais bien remarqué que les relations en miroir induisent des mimétismes . On s’adapte,
    et ON radote à deux ou à plusieurs dans une même communauté. Et le langage s’appauvrit
    non,? J’ai pris un risque là. Attendons la suite,

  3. Didier Goux dit :

    J’peux rien dire : j’cause pas les patois estrangers…

    (Désespérément monoglotte, comme disait Mauriac.)

  4. corto74 dit :

    @yvette: et a trop vivre en cercle fermé, entre soi, en couple, oui le langage s’appauvrit, la relation se schlérose car cela fonctionne en cercle fermé. Meme en couple, nous ne sommes pas fait pour vivre seul: ouverture aux autres et tout et tout…

    Sinon , il est vrai que le langage de l’amour est « hors-habitude », drôle et ridicule parfois

  5. Marianne ARNAUD dit :

    @ Didier Goux
    « La violence de l’amour » chez le monoglotte, je me demande quel bruit ça fait ?

  6. LiKa dit :

    Merci pour ce billet. J’aime bien aussi ce Claude Duneton (chaque trimestre, je reçois de la famille un paquet de « Figaro littéraire ».)
    Mais, fait bizarre, j’ai un ami qui emploie un langage particulièrement précieux (sur son répondeur on entend : « vous êtes bien au numéro idoine… : présentez votre requête… etc. ») eh bien j’adore. Parce que je sais que mon ami EST comme ça. Mais justement, je lui réponds en 9-3 et tous les deux, on est morts de rire. C’est notre jeu. Il sait que j’accepte ses façons et que je les aime. Et pourtant, je ne l’imite pas.
    Par contre, l’autre été, étant plongée dans Gide, je me rappelle avoir dit à Philippe en sortant du supermarché : « Je ne me rappelais pas que notre voiture fût garée si loin… » Bref, c’est plus compliqué qu’on ne pense, tout ça.
    Quant à cette histoire de langage dans un couple, c’est plutôt aux personnes extérieures d’en juger. Moi, je ne saurais rien en dire.

  7. Marianne ARNAUD dit :

    « On voit mal comment la parole d’amour infléchit les gallicismes. »
    C’est vrai ça : comment ?
    J’ai donc tapé « gallicismes » sur mon Google, mon cher Corto, pour en avoir le coeur net.
    Evidemment je n’ai rien appris sur « l’inflexion » des gallicismes, en revanche j’ai découvert un site très amusant, avec un tas de questionnaires de français. J’en ai fait quelques uns et mes notes vont de 10/10 à 0/15.
    Cela rend modeste, peut-être qu’il vaut mieux tourner son stylo sept fois dans sa main avant d’écrire une lettre d’amour, gallicisme ou pas.

  8. boutfil dit :

    j’ai quelques belles lettres d’amour, gardées au plus profond d’une jolie boite…cachées..elles ne sont pas de l’homoactualus…

    par contre, j’aime Claude DUNETON, dont certains livres m’ont enchantés, je suis partante pour que Mariane parte avec son sac en croco à l’assaut du bonhomme pour que je puisse le rencontrer

  9. Marianne ARNAUD dit :

    C’est vrai ça, mon cher Corto, on aimerait bien avoir, au moins, une petite réaction de monsieur Duneton. C’est donc à vous de faire le nécessaire pour lui faire connaître notre si précieuse existence.
    Je note qu’aucun des « messieurs » habitués de ce site ne se sont encore intéressés aux « Paroles d’amour ».
    Comme dans la chanson ils doivent se dire : « Parole, parole, parole… »

  10. corto74 dit :

    @marianne: Mais comment voulez vous chère Marianne que Duneton atterisse par ici ! Franchement, j’aimerai bien, il me donnerait un coup de main pour commenter ce texte :)

    @boutfil: t’as raison , envoyons Marianne, chercher Mr Duneton !

    Et puis maintenant, n’en déplaise aux nostalgiques, on n’écrit plus de lettres d’amour, on sms, on textote, on emaile, on phone…misère, misère

  11. Marianne ARNAUD dit :

    Mais, mon cher Corto, Duneton doit bien avoir une adresse mail au Figaro !
    Vous aviez bien réussi à envoyer un lien à Paul Fournel, sur ma lectrice de Proust, pourquoi n’en feriez-vous pas autant avec « Paroles d’amour ».
    Allez, au boulot !

  12. corto74 dit :

    @marianne: C’est fait !

  13. LiKa dit :

    @ Mariane : « Les paroles s’envolent », dis-tu. Pas toujours.
    On garde quelquefois même l’intonation avec laquelle elles ont été proférées… et l’expression du visage, pendant qu’il lance, par exemple : « Tu es IN-VI-VABLE ! » (Ce garçon, tout surpris ensuite que je ne veuille plus l’épouser.)
    Quant aux écrits, ils ne « restent » pas toujours. Dans la colère, ils peuvent être déchirés et jetés à la poubelle comme de vulgaires épluchures…

  14. corto74 dit :

    @lika: Cejeune garçon doit encore le regretter, j en suis sûr !

    par ailleurs, fût une époque où seuls les écrits restaient, les paroles s’envolaient, je crains qu’elle ne soit revolue aujourd’hui. Avec les nouvelles technologies, médias, vidéos… même les paroles ne s’envolent plus

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