Bioéthique et rêves de bébés de rêve

Posté par corto74 le 23 novembre 2010

Bioéthique et rêves de bébés de rêve dans zOne Le sAc de Marianne wikio4 Voter !

2019 dans zOne Le sAc de MarianneNaguère, selon la chanson, les amoureux qui se bécotaient sur les bancs publics, rêvaient aussi au prénom de leur premier bébé. Les bancs publics ont disparu et avec eux ces rêves naïfs qui ont eu tôt fait d’être remplacés par d’autres rêves.

On ne sait plus très bien à quoi rêvent les jeunes hommes, mais les jeunes femmes, elles, nous explique-t-on, rêvent de carrière. Pas question donc de faire des bébés avant d’avoir une place assise et reconnue dans la société.

A cet effet, la pilule du professeur Pincus a fait merveille, et lorsque ce n’était pas suffisant il y avait encore l’IVG de madame Veil pour corriger les embardées intempestives de la nature. Tout cela était bel et bon, grâce à quoi l’âge de faire des bébés n’a cessé de reculer, pour atteindre aujourd’hui la trentaine et même au-delà. Cependant il a fallu se rendre à l’évidence : une femme est moins féconde à trente-cinq ans qu’à vingt-cinq et que, passée la quarantaine, ses chances d’être enceinte sont très amoindries.

Voilà de quoi fracasser bien des rêves. Alors que faire ?

En appeler au professeur Frydmann, le père du premier « bébé-éprouvette » français, dont les travaux ont permis à des milliers de femmes stériles de mettre au monde des bébés par fécondation in vitro (FIV). Or le professeur Frydmann, ainsi que nous l’apprennent les gazettes, vient de « briser un tabou » : il a annoncé qu’il avait été à l’origine de la naissance de jumeaux chez une femme, à partir d’ovocytes congelés, contournant ainsi une législation bioéthique, que lui-même juge « confuse ».

Il va, c’est sûr, ouvrir d’autres perspectives de rêves !

Le professeur est donc invité sur un plateau-télé. Il est coincé entre madame Boutin qui est férocement contre toute intervention médicale quelle qu’elle soit, en matière de procréation; une jeune journaliste bon-chic bon-genre dont on a du mal à saisir la pensée exacte tant sa dialectique est alambiquée; et un homme, la quarantaine, qui se présente comme philosophe.

Le professeur Frydmann aura beau expliquer que ses travaux doivent surtout bénéficier à des femmes malades devant subir un traitement lourd qui risque de les rendre stériles, et à qui il va proposer de prélever des ovocytes et de les « vitrifier », afin qu’elles puissent tout de même avoir des enfants après leur guérison…

Et pourquoi, lui rétorque-t-on,  ne pas accepter aussi que des femmes de vingt-cinq ans puissent faire vitrifier leurs ovocytes, « en attendant de rencontrer le prince charmant » ? (sic). Le « philosophe », lui, veut aller plus loin: pas de discrimination ! Cette avancée de la science doit être étendue à toutes les femmes qui le souhaitent, et, pourquoi pas, jusqu’à celles qui ont soixante ou soixante-dix ans, si elles le désirent. Pour lui le plus important pour un enfant est d’être désiré. Madame Boutin se risque à dire qu’elle n’est pas sûre d’avoir été une enfant désirée, mais qu’elle avait reçu beaucoup d’amour de la part de ses parents, alors qu’il pouvait arriver que…

Elle ne peut pas achever sa phrase, la cause est entendue : le désir, le désir, un point c’est tout.

Le professeur Frydmann est visiblement gêné. Il risque quelques mots sur la dangerosité de la grossesse à partir d’un certain âge. Il affirme que, quant à lui, il ne favorisera jamais une grossesse au-delà de quarante-neuf ans.

On ne l’écoute plus : c’est trop dur à entendre, surtout qu’à l’étranger tout est différent !

Une Indienne de soixante-dix ans a mis au monde des jumeaux. En Espagne existe un « grand supermarché procréatif » où des couples français peuvent s’adresser pour bénéficier d’un don d’ovocytes, en profitant d’une RTT. Il leur en coûtera de 4 000 à 9 000 euros, et tant pis si les donneuses sont toujours des jeunes femmes désargentées à qui un don d’ovocytes ne rapporte que 900 euros.

L’émission se termine et on n’a pas parlé des mères porteuses qui, beaucoup l’espèrent, débarrasseront un jour les femmes de cette anomalie de la nature qui veut que ce soit à elles de porter les enfants !

Une révision de la loi bioéthique va être entreprise bientôt : vitrification d’ovocytes, création de banques d’ovocytes, sélection des meilleurs spermatozoïdes, recherche sur l’embryon, gestation pour autrui, tous les sujets vont être étudiés. L’argument du « cela se fait ailleurs » va  jouer  à plein !

Beaucoup souhaiteront que le législateur ménage leurs rêves, alors que d’autres voudront voir  s’éloigner ce qu’ils considèrent être un cauchemar.

Ah ! J’oubliais, mais peut-être n’est-ce qu’un détail sans importance, à aucun moment il ne fut question de l’intérêt de l’enfant.

Marianne A., Dans le sac de Marianne (17)

468895_AZ8T7UY2FJ5185DJLZHLKQB8HOPFSE_a-special-gift-by-choostar_H180116_LD’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

Marianne, fidèle de ce blog nous livre sa version des faits, sa vision du biniou et du monde. Chaque mardi, elle vide son sac !

( nb: la vidéo de cet entretien est en lien sur le mot « coincé  » )

24 Réponses à “Bioéthique et rêves de bébés de rêve”

  1. corto74 dit :

    @marianne: saviez vous que les recherhces du docteur Pincus furent financées par 2 égéries de la cause féminine aux USA. Les 2 femmes furent accusees de tous les vilains maux a l’époque.
    Aujourd’hui certaines banques du spermes vous « offrent » de choisir les caractéristiques du futur bébé: blond, noir, jaunes, intelligent, etc… et ce en fonction des caractéristiques du donneur male. On n’arrete pas le progrès ! façon de parler. Il y a fort a parier qu’avoir un rejeton fera partie de la programmation de la vie de tout adulte. C’est deja d’ailleurs plus ou moins le cas: etudes, boulot, mariage et qd on aura le temps: bébé !

  2. corto74 dit :

    je rajoute que faire des bébés comme on souhaiterait qu’ils soient n’est pas une preoccupation récente. Fut une epoque ou c’était pour des raisons peu avouables; aujourd’hui, ce serait pour des raisons plus « humaines », de confort, de gestion d’emploi du temps etc… Demain avec les progrès de la génétique…

  3. kindgay dit :

    Je ne suis pas sûr qu’un enfant ayant une mère de 70 ans, qui va donc la perdre vers l’âge de 12/14 ans selon l’âge moyen des femmes, soit bien heureux. Sans compter le fait qu’une femme de
    70 ans n’a plus le corps d’une femme de 25, 35 voire 45 ans et aura donc plus de mal à se remettre d’une grossesse, pour peu qu’elle la mène à terme (ce qui n’est pas gagné avec un utérus qui n’a pas été préparé à la nidation depuis 30 ans). Enfin bon, ça se fait… et ça me choque. A l’heure où on parle du risque plus élevés de maladies génétiques lorsque la mère dépasse les 40 ans…

    Pour la vitrification des ovocytes, le traitement est suffisamment lourd pour réussir à ponctionner un ovocyte… Pas sur que les femmes aient particulièrement envie de s’adonner à ce genre d’exercice.

    Après, le problème des mères porteuses, pourquoi pas… du moment que ça reste un geste bénévole (sans être anonyme pour le coup) et que ça ne se transforme pas en business de l’utérus.

    Vaste domaine qu’est la bioéthique… Et sans parler de tout ce qui concerne la recherche…

  4. Marianne ARNAUD dit :

    En fait, mon cher Corto, on lit et on entend tant de choses sur le sujet qu’on a l’impression de perdre la raison. On ne sait plus que penser : qu’est-ce qui est acceptable, qu’est-ce qui ne l’est pas ?
    Je voudrais bien le savoir.

  5. Marianne ARNAUD dit :

    Votre présence ici, Kindgay, c’est la bonne surprise !
    Le don anonyme ? Vaste question !
    Il semble que ce n’est pas du tout la voie qui est suivie, là où les dons d’ovocytes et la gestation pour autrui sont autorisés. On a beau ne pas appeler l’argent payé par les receveurs, salaire, il n’en reste pas moins qu’il s’agit toujours de femmes pauvres ou d’étudiantes qui ont besoin d’argent qui acceptent ce genre de faire ce genre de dons, à des couples aisés.
    Nous verrons bien si le législateur français pourra résister à toutes ces… innovations.
    A bientôt.

  6. REY dit :

    Tu fini par l’essentiel!La médecine ne cesse de progresser, d’une évolution que nos société ont plus ou moins de peine a suivre ….Bio ethique…tic tic tic

  7. Vallenain dit :

    ça me rappelle deux romans : Le Meilleur des Mondes bien sûr, pour ces enfants éprouvettes dont les caractéristiques sont préprogrammées ; et le Passeur de Lois Lowry (http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Passeur), un livre un peu trop enfantin et pas assez abouti à mon goût mais qui crée aussi une classification des individus, et qui fixent à certaines femmes le rôle d’être mère porteuse, un job dégradant dans le livre.

    Bel article donc ;-)

  8. Marianne ARNAUD dit :

    @ Rey et Vallenain
    J’ai l’impression d’avoir pas mal bafouillé dans ma réponse à Kindgay.
    Ce que je voulais dire c’est que la gratuité est pratiquement impossible quand il s’agit de dons d’ovocytes et à fortiori (comme disent ceux qui parlent ainsi)de gestation pour autrui.
    Car faire prélever ses ovocytes, pour alimenter une banque d’ovocytes, telle que imaginée par le professeur Frydmann, n’est pas un acte anodin. Il faut voir les choses en face : soit il y aura une « compensation » financière, soit il n’y aura pas de banque. C’est ce que je crois.
    Quoiqu’il en soit, il est particulièrement dérangeant pour l’esprit de penser que ce sont TOUJOURS des femmes pauvres qui « donnent » aux riches.
    En tous les cas merci pour vos commentaires.

  9. strauss.yvette dit :

    Marianne,

    Merci pour cet interessant billet.
    Je rebondis sur « l’intérêt de l’enfant ».
    Très longtemps, j’ai cru que l’ enfant désiré à tout prix,fût-ce au prix de techniques
    toujours plus perfectionnées, avait les meilleures chances de réussite et de bonheur
    dans sa vie future. J’ai largement révisé mon opinion à ce sujet. Il me semble que
    ce désir absolu d’enfant est aussi une entrave au développement dans la mesure ou
    il s’accompagne d’angoisse et de souhaits de perfection. Combien voit-on de ces
    enfants choyés à l’extême devenir des petits tyrans malheureux de parents déboussolés.

    Concernant le potentiel de business autour de cette question, il y a de l’avenir,
    car malheureusement, aujourd’hui,tout se monnaie.
    Je regrette comme vous que des femmes pauvres en fassent les frais, pendant que d’autre
    s’engraisseront . Rien de nouveau, donc.

  10. Marianne ARNAUD dit :

    @ Yvette
    Votre remarque est tout à fait pertinente et, sans avoir rien lu de précis la-dessus, je me doutais bien que les choses ne pouvaient pas se passer de manière plus idyllique avec ces enfants dans lesquels tant de désirs ont été investis, qu’avec les autres.
    Ce qui était très remarquable, c’est que dans l’émission où le professeur Frydmann était présent, la question de l’intérêt de l’enfant n’a même pas été soulevé, ni dans les articles de journaux que j’ai pu lire sur le sujet.
    Il faut croire que cela n’intéresse personne, ni les futurs parents tout adonnés à leur désir, ni les médecins qui ne pensent qu’à le satisfaire.
    Merci pour ce commentaire qui m’a donné la sensation agréable d’avoir été comprise.

  11. Marianne ARNAUD dit :

    Et j’y pense, que dire de ces gens qui voudraient permettre à des femmes de se faire inséminer avec le sperme de leur compagnon mort ?
    J’ai lu des déclarations de femmes à ce sujet, c’était à vous tirer des larmes ! Le désir était bien là, mais justifiait-il de donner un père mort à un enfant ?

  12. strauss.yvette dit :

    Marianne,

    Toutes ces techniques ne me passionnent pas. J’avoue ne pas bien faire la différence entre
    procréation pour autrui, gestation pour autrui et toute cette cuisine pour fabriquer des bébés, avec rémunération à la clé. Je ne voudrais pas être à la place du législateur.
    Je note que cette question du « droit » à l’enfant entraîne des polémiques passionnées.
    L’exemple de la dame voulant se faire inséminer par le sperme de feu son compagnon a le mérite de la clarté : le père est mort et ça ne semble pas remettre en cause le sacro-saintdésir d’enfant de la mère.

  13. Marianne ARNAUD dit :

    @ Yvette
    Oui, mais imposer un père mort sciemment, à un enfant, cela m’ouvre des abîmes de questionnements !
    Je crois que jusqu’à présent les tribunaux ont refusé cette possibilité, mais je n’en suis pas sûre.

  14. le gaga gaspard dit :

    Comment ne pas sauter de joie si à quarante-cinq ans, une princesse charmante m’annonce, au détour d’un diner romantique alors que j’ouvre majestueusement un château Margaux 1989, qu’elle a elle aussi, un millésime à me proposer. Son ovocyte 2007, celui qu’elle garde pour une grande occasion, celui qu’elle affine depuis des années. Le fleuron de sa collection qu’elle sort rien que pour votre poire. Tout compte fait, c’est drôlement romantique la bioéthique !

  15. Rémi Molette dit :

    A aucun moment il ne fut question de l’intérêt de l’enfant. D’amour non plus j’imagine …

  16. Marianne ARNAUD dit :

    @ gaga gaspard
    C’est vrai que vu sous cet angle, ce sujet s’humanise, ce dont il a grand besoin.
    J’espère que votre princesse charmante aura encore quelques ovocytes de côté pour ses vieux jours car il faudra bien qu’elle trouve une occupation entre ses 70 ans et les 100 ans et plus, qu’elle est appelée à vivre.

  17. corto74 dit :

    imposer un pere mort à un enfant, ça fait tout de même froid dans le dos !
    Et l’on reparle ici de la question du désir; à trop vouloir un enfant, on en oublierait presque le principal interessé

  18. Marianne ARNAUD dit :

    « Froid dans le dos  » certes, mon cher Corto, mais il n’y a qu’à demander à gaga gaspard de nous écrire la version romantique.

  19. corto74 dit :

    @remimolette: bienvenue ici !

  20. Jessica Fletcher dit :

    Faut arrêter d’en faire des caisses avec l’éthique! Qu’un enfant soit créé naturellement ou pas, la plupart du temps il répond a une envie purement égoïste de la part des parents…

    Son intérêt à ce moment là c’est surtout celui de papa et maman!
    Si la moitié du monde devenait stérile, tout devient d’un coup plus acceptable, tout le monde voudra toujours Donc je pense qu’on peut procréer à tous les étages et de toutes les facons possibles…. c’est pas ca qui importe sur le développement mental de l’enfant je pense!

  21. Marianne ARNAUD dit :

    @ Jessica
    En d’autres temps, les enfants venaient, voilà tout. On disait avec bonhommie : « Ca arrive plus vite que les millions ! » On les prenait et on essayait de faire au mieux. Il y avait moins d’investissement mental, moins de pathos, peut-être cela laissait-il plus de liberté, plus d’espace, entre les parents et les enfants.
    Je voudrais partager votre enthousiasme sur le « on peut procréer à tous les étages… »

  22. boutfil dit :

    tout cela m’interpelle comme dirait l’autre !! je suis plutôt dépassée même…à mon époque, on faisait un BB, soit par hasard, ce qui fût mon cas 2 fois à l’époque préhistorique où tante Yvonne ne voulait pas de la pillule, soit par grand amour, ce qui fût aussi mon cas par deux fois, en le faisant  » exprès » quand il le fallait…mais toujours, oh oui!!! avec plein d’amour, de tendresse, que ce soit au creux d’un lit où d’une botte de paille ^^ …j’avais décidé qu’après 30 ans, il n’était plus raisonnable de continuer…et ma dernière est née pour mon 30 eme anniversaire….fin de l’aventure BB
    Par contre, autour de moi, très proches, 2 BB en « tube » après moults traitements..les mères avaient 40 ans passés, j’étais furieuse. ces 2 moutards sont des petits rois, épouvantablement mal élévés, ils seront enfants uniques parce que ce serait trop compliqué de recommencer le cirque qui a prévalu à leur arrivée….et ils sont tellement déplacés de leur vie d’enfant, que les parents sont au bord de la rupture et ne le font pas  » parce qu’on a eu tellement de mal à l’avoir »

    Je n’ai pas entendu parler d’amour dans les démarches mais de  » besoin d’enfant »

    Je regrette pas d’avoir fait les miens à la va comme j’te pousse !!!

  23. Marianne ARNAUD dit :

    Chère Boutfil, je vous retrouve là tout entière, avec votre bon sens et votre franc-parler.
    Qui oserait dire, aujourd’hui, que des enfants non désirés, mais acceptés, peuvent être aussi aimés que ceux pour lesquels on a fait des pieds et des mains ?
    Merci pour ce commentaire qui tranche sur l’air du temps.

  24. Didier dit :

    L’important c’est la vie ; n’est-il pas?
    Sinon, complètement contre la possibilité de « choisir » selon des caractères génétiques. Tout d’abord parce-qu’il y a peu de chance que l’enfant soit en adéquation avec les promesses du catalogue et ensuite, que va-t-on attendre du fruit d’un caprice? Que deviendra-t-il si même élevé dans le sens de son génome il s’avère décevant?..

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