D’un mot, se faire un ennemi

Posté par corto74 le 28 novembre 2010

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ThC-0087 dans zOne Dimanche cuLture !Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes.
TOUT, la haine et le deuil ! Et ne m’objectez pas
Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.

Ecoutez bien ceci :

Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l’oreille du plus mystérieux
De vos amis de coeur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.

Ce MOT – que vous croyez que l’on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre -
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin,
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l’homme en face dit :
« Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »

Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel.

Victor Hugo, Toute la Lyre. (extrait)

Le texte du dimanche (43)

papier-de-cru-avec-la-clavette-et-l-encrier-encastr-eacute-d-encre--thumb4583765D’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

 

13 Réponses à “D’un mot, se faire un ennemi”

  1. Marianne ARNAUD dit :

    Et encore à l’époque de Victor Hugo, mon cher Corto, il n’y avait ni internet, ni fesse-bouc, ni rien ! On se demande ce qu’il pourrait bien écrire aujourd’hui ?
    A un moment de la lecture de ce texte, j’ai cru être dans le sketch de Bigard « La chauve-souris enragée », à cause de l’ambiance.

  2. corto74 dit :

    @marianne: en tout cas qu’est-ce que c’est plaisant à lire ! Il ne pourrait écrire aujourd’hui, on ne lit plus !
    Et désolé mais alors là, le Bigard,je ne peux pas le voir encore moins l’entendre. Certains disent qu’il a fait de la vulgarité un talent, pas moi !

    @AVIS: Pour ceux que ce billet laisserait de marbre, je vous conseille d’aller écouter celà:

    http://eusebeetcie.unblog.fr/2010/11/28/philosophie-poetique/

  3. corto74 dit :

    @marianne:ceci dit , je trouve qd meme que ce texte est très moderne: rumeurs, soupçons, mensonges, bruits…

  4. Didier Goux dit :

    Au stade où nous sommes, il me semble qu’il vaut mieux se faire un ennemi que de se taire. D’autant qu’en général, le mot en question ne fabrique pas l’ennemi : il le révèle.

  5. corto74 dit :

    @didier goux: tiens, tiens, vous voila plein de bon sens , ce soir :) et en plus , nous sommes d’accord !

  6. Matthieu dit :

    Il est sûr que si l’on transpose ce texte à notre époque, ca n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui.
    Il faut faire attention à bien faire passer le message par les sms et les réseaux sociaux sur Internet, sous peine d’envoyer un message qui sera mal interprété et qui pourra être le début d’une confrontation.

  7. Didier dit :

    Totalement d’accord avec Didier Goux!

  8. Marianne ARNAUD dit :

    Et moi aussi, bien d’accord avec Didier Goux.
    Il faut reconnaître, cependant, qu’essayer de se remémorer les ennemis qu’on a pu se faire, pour un mot de travers, est un exercice très peu agréable.

  9. boutfil dit :

    Je me rallie au sentiment de Marianne et Didier, Didier Goux à raison…je trouve également qu’il vaut mieux savoir où sont les ennemis et puis c’est assez jouissif de savoir qu’on a ouvert la boite de Pandorre parfois…..

  10. corto74 dit :

    @matthieu: bienvenue ici ! mais les armes, c’est pas montruc (rapport au site surlequel on arrive en cliquant sur ton prenom)

    @didier, marianne et boutfil: bon ben puisque tout le monde est d’accord avec D Goux, moi aussi, na ! Mais dites au moins que c’est biene crit, un truc comme ça, sinon a quoi ca sert que je decarcasse , hein ?

    @boutfil: Faut toujours se mefier des boites de pandore qu’on ouvre après… bises

  11. Marianne ARNAUD dit :

    Mais mon cher Corto, vous ne voudriez tout de même pas que nous ayons l’outrecuidance d’oser trouver que, bon ben, finalement, le Totor il n’écrivait pas si bien que ça ?
    Eh bien, puisque vous voulez une critique, je dirais que c’est aussi bien écrit qu’une fable de La Fontaine… et que cela fait penser à La chauve-souris enragée.
    Je sais, je l’avais déjà faite celle-là, et vous n’aviez pas aimé ! Mais que voulez-vous, j’ai de la suite dans les idées, et ce mot qui marche, qui franchit la place, qui sait le numéro, l’étage, qui monte l’escalier, ouvre la porte, entre, arrive…
    Là, on a envie de crier : Attention ! Il est enragé !

  12. LiKa dit :

    Tu ne t’es pas décarcassé en vain, Corto. Cet excellent texte a été dit de nombreuses fois au « Club des Poètes » par des acteurs qui, chaque fois, nous le faisaient entendre autrement, et donc, il rencontrait toujours le même succès.
    D’ailleurs j’ai toujours eu le sentiment que Bigard s’en était inspiré pour son histoire de chauve-souris.
    Ces boîtes de Pandore dont parle Boutfil, ça me fait penser à un proverbe chinois : « Ne réveillez pas le tigre qui dort. » Mais réveiller le tigre est si tentant, quelquefois… et il vaut mieux être armé.

  13. corto74 dit :

    @lika: merci bien , lika. Il se trouve en plus, à la différence de certains, que j’aime beaucoup Victor Hugo. Il y a un réalisme ds tt ce qu’il écrit qui est assez saisissant. Bises

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