L’arrivée à New York

Posté par corto74 le 23 janvier 2011

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celine dans zOne Dimanche cuLture !Ben, oui, forcément, ce dimanche serait consacré à Céline. L’auteur que l’on ne peut pas célébrer, celui qu’il faudrait oublier

 

Le Céline caustique: « Ce monde n’est qu’une immense entreprise à se foutre du monde.»

Le Céline cynique: « La merde a de l’avenir. Vous verrez qu’un jour on en fera des discours. »

Le Céline réaliste: « Je voudrais voir un peu Louis XIV face à un « assuré social »… Il verrait si l’Etat c’est lui ! »

Le Céline… antisémite !

 

 

 

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« Pour une surprise, c’en fut une. À travers la brume, c’était tellement étonnant ce qu’on découvrait soudain que nous nous refusâmes d’abord à y croire et puis tout de même quand nous fûmes en plein devant les choses, tout galérien qu’on était on s’est mis à bien rigoler, en voyant ça, droit devant nous…

Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n’est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.
On en a donc rigolé comme des cornichons. Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur. Mais on n’en pouvait rigoler nous du spectacle qu’à partir du cou, à cause du froid qui venait du large pendant ce temps-là à travers une grosse brume grise et rose. et rapide et piquante à l’assaut de nos pantalons et des crevasses de cette muraille, les rues de la ville, où les nuages s’engouffraient aussi à la charge du vent. Notre galère tenait son mince sillon juste au ras des jetées, là où venait finir une eau caca, toute barbotante d’une kyrielle de petits bachots et remorqueurs avides et cornards.

Pour un miteux, il n’est jamais bien commode de débarquer de nulle part mais pour un galérien c’est encore bien pire, surtout que les gens d’Amérique n’aiment pas du tout les galériens qui viennent d’Europe. C’est tous des «  anarchistes  » qu’ils disent. Ils ne veulent recevoir chez eux en somme que les curieux qui leur apportent du pognon, parce que tous les argents d’Europe, c’est des fils à Dollar.

J’aurais peut-être pu essayer, comme d’autres l’avait déjà réussi, de traverser le port à la nage et de me mettre à crier : « Vive Dollar ! Vive Dollar ! » C’est un truc. Y a bien des gens qui sont débarqués de cette façon-là et qui après ça ont fait des fortunes. C’est pas sûr, ça se raconte seulement. Il en arrive dans les rêves des biens pires encore. Moi j’avais une autre combinaison en tête, en même temps que la fièvre. »

Louis-Ferdinand Céline, L’arrivée à New York, Voyage au bout de la nuit.

Le texte du dimanche (49)

D’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

 

19 Réponses à “L’arrivée à New York”

  1. boutfil dit :

    bon sang de bonsoir ! qui peux écrire encore comme ça ? et l’autre taré de mitterand qui ne veux pas en entrendre parler, petit connard illétré…..depuis qu’il est ministre, il est sinistre

    moi j’aime CELINE, je le lis, ses pamphlet antisémites aussi ( et pourtant, je pourrai jouer avec Klarsfeld hein !! ) parce que c’est encore de la belle écriture…..tout comme REBATET, BRASILLAC, qui méritait certes d’être condamné mais certainement pas fusillé,
    qui les connais aujourd’hui parmi les jeunes ?

  2. corto74 dit :

    @boutfil: le Frédo, il ne demandait que ça que l’on « célèbre » Céline mais il a cédé a la vitesse grand V devant la pression de certains communautarismes qui mélangent oeuvre et auteur et histoire. Lamentable ! Surtout que si Céline est si dangereux pourquoi est-il ds les manuels scolaires, aux epreuves de bac etc..

    Enfin, comme disait Marianne, contentons nous de le lire et envoyons chier Klarsfeld et cie ! Le meme Klarsfeld qui disait, en gros, une fois que tous les témoins et survivants de la Shoah seront morts alors là , oui, pkoi pas célebrer celui qui est reconnu comme un des plus grands écrivains français…

    Quant à « sa » découverte de New York, quelle excellente démonstration de son style unique !

  3. Marianne ARNAUD dit :

    Finalement, mon cher Corto, en y réfléchissant, ces « célébrations » ressemblent étrangement aux canonisations de l’Eglise catholique !
    Il ne manque plus qu’à exiger de la personne candidate à la « célébration » qu’elle fasse un miracle pour y être admise !

  4. LiKa dit :

    C’est un beau passage que tu nous as offert là, Corto. Il donne envie de relire le livre tout entier. Aller retrouver les VRAIS écrivains, c’est la résurrection assurée.
    En parlant de vrais écrivains, tu n’as rien dit du texte de Marianne Arnaud – dernier billet sur mon blog. J’en suis étonnée, chagrine – et bougonne. Bises quand même.

  5. Dorham dit :

    Céline est non seulement lu, mais également étudié et enseigné. Des auteurs antisémites, compromis avec la collaboration, Céline est le seul qui bénéficie d’autant de mansuétude. Il est précisément l’auteur auquel on se réfère toujours dès lors qu’ils s’agit de scinder la question morale de l’étude littéraire. Sur ce point, il fait consensus. « Le Voyage… » du reste, ne pose même pas problème de ce point de vue. Bien au contraire.

    C’est déjà plus dur pour Drieu par exemple, qui est aussi, un immense écrivain.

    Rebatet et Brasillac sont des auteurs bien moins importants que les deux précédemment cités. Des auteurs mineurs.

    En revanche, l’on peut se poser une question. Si « Mein Kampf » avait été écrit par Goethe, faudrait-il le lire pour autant ? Ce n’est pas si évident que cela. La morale doit être aussi un critère de jugement parce que la littérature est aussi affaire de sens. La lecture et l’étude littéraire sont deux « discimplines » délicates. Si nous en avons fini avec les autodafés, chacun garde le droit de ne pas lire ce qu’il ne souhaite pas lire. De là à envisager d’interdire, il faut…comment dire…être soumis à de bien sombres pulsions.

    En revanche, traiter Mitterrand d’illétré, comment dire Boutfil, si nous étions moitié moins lettré que lui, ce serait déjà pas mal.

  6. corto74 dit :

    @marianne: le miracle serait que le politiquement correct, le devoir de memoire mal placé et autres leçons de bien penser la mettent en sourdine ! :)

    @lika: Après les miracles de marianne, la résurrection chez Lika :) Cet extrait est superbe même si ds l’esprit il est noir. Je pense que les millions d’immigrés qui arrivaient à Long Island avaient une toute autre vision de l’Amerique. Ne sois pas bougonne, il est super le texte de marianne, très « intime » et donc difficile a commenter.

  7. corto74 dit :

    @dorham: pour revenir sur Mitterrand, quand il é été nommé, j’étais assez content, certes parec qu’il est gay, un « confrère » au gouvernement c’est bien ( même s’il n’est pas le p^remier ) mais en plus nous avions pour une fois un fin lettré et cultivé à la culture ! Sauf que il commence sérieusement à me gaver:
    2 reculades et auto-flagellation en moins de 15 jours; l’une sur ses propos maladroits a propos de la Tunisie, l’une sur Céline; c’est beaucoup pour u ministre de la République: ou il assume ses propos et choix ou bien il tire sa révérence.

  8. Lika dit :

    Vous êtes durs, vous autres, avec les blogueurs « littéraires » ! Mais ils sont comme tout le monde : ils ont besoin de chaleur. Un mot gentil, ils n’en demandent pas plus. Car je suis de ton avis : commenter un bon texte, n’est pas évident – et dommage que tant de critiques ne ressentent pas cela et pérorent à tort et à travers.

  9. corto74 dit :

    @lika: je reviens de chez toi, j’y ai laissé une douceur matinale :) bises

  10. Marianne ARNAUD dit :

    Je vous trouve tous très sévères avec Mitterrand, le neveu !
    Le seul reproche qu’on peut lui faire c’est de n’avoir pas flairé, à l’origine, que cette proposition pour la célébration de Céline allait encore poser des problèmes, susciter des polémiques et des mayonnaises avec les Klarsfeld ou sinon, avec la Licra de monsieur Jakubowicz ou qui sais-je encore.
    Toutes ces personnes et associations qui ont eu leur utilité en leur temps, aujourd’hui ne servent qu’à entretenir le sentiment antisémite de certains irréductibles, alors que l’antisémitisme tel qu’il existait en France dans les années 30 n’a plus aucune réalité, et je n’en veux pour preuve que tous ces hommes politiques que leur origine juive affichée n’empêche pas de faire de brillantes carrières.

  11. Dorham dit :

    Corto,

    La politique, ce n’est pas facile, c’est même très dur. On sent que Mitterrand n’est pas très doué pour cela. Il n’est pas retors, il se fait bouffer : en fin de compte, c’est une qualité humaine. Ce sont les autres qui sont minables et médiocres. Qu’est-ce qui nous dit que ces « reculades » ne lui ont pas été imposées par ses supérieurs hiérarchiques ?

  12. corto74 dit :

    @dorham: la politique est un monde impitoyable on le sait, il faut etre sacrément blindé pour y aller. La première qualité serait donc de savoir avant de dire oui si on a la trempe pour et les épaules assez large, ça s’appelle humilité et réalisme. Mézavi que Mitterrand en a manqué !
    Qu’on lui ait imposé ces reculades, c’est possible et alors, il n’avait qu’a pas prendre position sur des trucs qui seraient obligatoirement attaqués

  13. Yvette Strauss dit :

    Lika,
    Je ne sais pas ce qui se passe, quand je vais sur ton blog, c’est écrit en tout petit sur mon écran,et je ne peux pas commenter…
    C’est un peu hors sujet, mes excuses à vous, Corto.
    Concernant Céline, je suis une inconditionnelle, admiratrice du style inimitable, et attendrie par
    l’homme. Cette dernière remarque va en choquer certains, je m’en fiche, quand j’aime, ce n’est pas
    à moitiè…

  14. Didier dit :

    C’est la mode. Plutôt que d’affronter les travers de l’humanité afin de mieux s’en prémunir, on préfère les bouter hors de vue. Ainsi, quand quelques irréductibles les inhumeront, plus personne ne sera capable de les endiguer. :)
    Cette façon d’agir est détestable et indigne de la part de personnes de passage dont le rôle est de porter un temps des peuples vers l’avenir. Bref, ce ne sont que des décisions électoralistes d’intérêt exclusivement politicien.

  15. corto74 dit :

    @didier: tout a fait ok avec toi. A la limite je trouve la reculade en moins de 2 du Frédo encore plus lamentable que la bronca de Klarsfeld

  16. xerbias dit :

    Céline était antisémite, ce qui n’est pas anodin. Mais son travail littéraire en lui-même vaut-il autant d’éloges que ça ? Célébré par tous, j’ai lu son Voyage au bout de la nuit. Ce fut long, pénible, et nauséeux. Son fameux style, malheureusement copié à qui mieux mieux depuis, choisit le chemin de la facilité du langage parlé et de la vulgarité. Le texte présenté ici le montre assez bien. C’est certes novateur, mais est-ce bien pour autant ?

  17. corto74 dit :

    @xerbias: Tiens , quelqu’un qui n’aime pas Céline, plutot rare par ici. Non seulement c’est novateur mais personne, dans le style, n’a fait mieux à ma connaissance.

  18. xerbias dit :

    J’ai du mal à considérer sa description d’une « eau caca » comme l’apogée de la littérature française… Comme je n’ai pas encore tout lu, je ne pourrai pas non plus citer quelqu’un qui puisse être considéré comme nettement au dessus des autres au niveau du style. Et comme nombre d’écrivains actuels (Houellebecq, Beigbeder, etc) ont manifestement été influencés par lui, j’ai tendance à penser qu’il faudrait plutôt aller chercher dans les grands écrivains antérieurs.

  19. Marianne ARNAUD dit :

    « Une querelle indigne », voilà, mon cher Corto, ce que monsieur Duneton pense de cette non-célébration de Céline.
    Il écrit : « Louis-Ferdinand Céline a tout fait de son vivant pour être un mort infréquentable – je parle de l’homme, pas de l’oeuvre. Je crois qu’il serait aux anges d’avoir été refusé au Panthéon de 2011 des écrivains à célébrer… Le ministre a agi sagement, je crois, en coupant court très vite à une querelle qui s’annonçait indigne à la fois des victimes des nazis et des défenseurs de Céline.
    D’ailleurs, cinquante ans c’est trop court pour faire entrer les personnalités exceptionnelles dans des cadres. Si l’on avait voulu célébrer officiellement Voltaire en 1828, on se serait heurté à de belles criailleries. Quel tollé ! Quelle révolte !…

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