Il y a Guerlain et Guerlain…

Posté par corto74 le 24 octobre 2010

Il y a Guerlain et Guerlain...  dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

0111 dans zOne Dimanche cuLture !Je ne savais pas trop quoi vous offrir comme texte ce dimanche, l’actualité et une e-copine m’en ont soufflé l’idée.

J’ai halluciné en voyant au JT une bande d’abrutis répandre flacons et eaux de parfum sur la devanture d’un magasin Guerlain aux Champs-Elysées. Aux cris vengeurs de « Boycottons Guerlain », la meute enragée, confondant l’homme et l’entreprise, condamnait ainsi les propos affreusement racistes prononcés par Jean-Paul Guerlain sur le plateau de France 2. Le vieux schnoque ne savait sans doute pas que tout ne peut pas être dit à la Tv; vous savez, le pouvoir grossissant de la lucarne… Le vieux s’est crucifié tout seul en déclarant: « J’ai travaillé comme un nègre, je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… » C’est vrai, ce n’est pas bien, c’est raciste. Mais il faut raison garder, il n’y a pas mort d’homme ! Qui, un jour, n’a-t-il pas dit: pauvre black, ou sale juif, ou tu manges en suisse, ou tête de turc, ou sale pédé, ou p’tit bridé… Même moi, le sale pédé au quart de sang juif dont la soeur adoptive est plus noire que black, ça m’est arrivé ! Est-ce que cela fait de moi un immonde raciste ? Certainement pas. Devrait-on pour autant boycotter Banania et son petit bonhomme noir (remplacé depuis par un pingouin…noir) à l’image honteusement exploitée par le chocolatier ? Devrait-on rejouer Fahrenheit 451 en brûlant le monstrueux Tintin au Congo ?

De cette déclaration, dans un premier temps, personne ne s’est offusqué. Il a fallu qu’une journaliste parisienne de couleur, bien en vue, s’en émeuve pour que les hérauts de l’anti-racisme de bon aloi, les Cran, Sos-racisme et cie déchainent la vindicte contre une entreprise qui n’a plus rien à voir avec le vieux schnoque depuis 2002 ! Oui le racisme, ce n’est pas bien, c’est encore moins bien, si j’ose dire, quand on s’en sert comme d’un levier médiatique, pour faire parler de soi, pour se présenter comme les nouveaux héros de la défense de l’opprimé… C’est encore pire, quand voulant lutter contre le racisme, on fait de douteux amalgames entre une entreprise et un homme qui  n’ont plus rien affaires ensemble depuis longtemps.

Alors, en guise de texte du dimanche, je vous donne à lire l’email envoyé par l’entreprise Guerlain en réponse à un internaute horrifié par les propos du vieux:

 » J’ai bien reçu votre mail du 21/10/2010.
Vous êtes nombreux à avoir été choqués par les propos tenus par Jean-Paul Guerlain sur le plateau du Journal Télévisé de France 2, le 15 octobre dernier. Nous le comprenons parfaitement : c’est l’absence de réaction qui aurait été choquante. Jean-Paul Guerlain n’est plus salarié ni actionnaire de la société. Il n’en reste pas moins qu’il continue d’en porter le nom.

Nous avons communiqué notre position sur notre site internet, dans les médias et sur notre page Facebook : la consternation est le sentiment qui nous habite. Que Jean-Paul Guerlain se laisse aller à des propos racistes nous a profondément attristé. Si nous reconnaissons sa contribution historique en tant que créateur, en revanche nous condamnons ses propos avec la plus grande vigueur. Ils ne correspondent en rien aux valeurs de l’entreprise.

Ceux d’entre vous qui connaissent la société de l’intérieur savent à quel point ces pro pos sont aux antipodes de la réalité de l’entreprise, faite de diversité, de tolérance et d’enrichissement mutuel*. Nous voulons simplement que l’on retienne ceci : la société Guerlain ne ressemble en rien aux propos tenus par Jean-Paul Guerlain.

Nous restons à l’écoute de vos remarques et vous prions de croire, en l’expression sincère de nos salutations distinguées. « 

Le texte du dimanche (38)

D’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

*ndlr: ce passage est somme toute un brin rigolo !

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Paroles d’amour – Duneton, le texte du dimanche (37)

Posté par corto74 le 17 octobre 2010

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016 dans zOne Dimanche cuLture !Écrivain, comédien, linguiste et ancien enseignant, Claude Duneton est avant tout un homme de lettres. Passionné par le langage, il s’intéresse aux nombreux trésors que recèle la langue française et passe pour être un véritable dénicheur de l’origine de ses expressions. Il a signé une étude érudite sur la fragilité du français face aux influences extérieures, notamment anglo-saxonnes.

« Au lieu de se contenter de glisser des regards obliques vers les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics, certains chercheurs du Texas ont voulu savoir si, et comment, la passion amoureuse modifie le langage.

Il faut être hardi pour avoir des idées pareilles ! En tout cas le professeur Pennebaker et sa collègue Molly Ireland ont mené l’enquête à partir de deux couples de poètes, l’un du XIXe et l’autre du XXe siècle. Ils se montrent formels: «Ceux qui sont profondément amoureux parlent et écrivent de même façon; ils imitent et répètent les mots et les phrases que l’autre emploie. Mais si la relation s’aigrit, ce langage commun se fracture et ils recommencent à paraître de nouveau étrangers.»

La chose semble naturelle et surprenante à la fois, car il ne s’agit pas simplement d’utiliser les mots de son partenaire en passion, ni des petits mots d’amour que deux êtres en symbiose s’inventent pour leur usage privé – non, c’est toute une syntaxe qui devient similaire, disent les auteurs, avec «les façons d’utiliser les pronoms, les prépositions et d’autres mots dans des phrases diverses». Le décompte des coïncidences se fait à l’ordinateur, évidemment, et les résultats seraient suffisamment fiables pour que l’on puisse déterminer à quel degré d’intensité amoureuse se trouve le couple. Pratique, non? Entre 1200 et 2000 incidences l’amour est fort; à 2500 la passion crépite de tous ses feux – mais si le compteur tombe à 600 ou 500, c’est le torchon qui brûle !

Ces résultats ont été obtenus avec la langue anglaise, je ne sais pas si la même recherche serait conductible en français. Car en anglais le jeu des prépositions et des postpositions, par exemple, permet de tricoter des phrases personnelles qui se prêtent à l’imitation, consciente ou inconsciente. Il n’est pas certain que la violence de l’amour soit capable de faire bouger de la sorte la syntaxe du français qui est un peu moins frivole. Au premier abord on voit mal comment la parole d’amour infléchit les gallicismes. Ou alors il faudrait se rabattre sur le seul lexique – la fréquence de l’argot familier dans les échanges? À mon avis le baromètre du professeur Pennebaker ne sera pas facilement applicable aux French lovers. »

Chronique de Claude Duneton, Le Figaro Littéraire , 14 octobre 2010.

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La retraite ou la mort ! – Besson, le texte du dimanche (36)

Posté par corto74 le 10 octobre 2010

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retraite-redoublement dans zOne Dimanche cuLture !« A la crèche Jean-Moulin, le personnel est en ébullition du fait de la grève déclenchée, ce matin même, par un collectif de nourrissons. Interrogé par la directrice, le délégué des grévistes, Arnaud, âgé de 1 an et 9 mois, est arrivé, non sans mal car il ne s’exprime à l’aide de mots que depuis peu de semaines, à exposer les revendications de ses camarades :  » On veut une retraite. «  La directrice et le personnel de Jean-Moulin, émus par une telle détermination, se sont interrogés sur la demande des grévistes. Le petit Arnaud voulait-il dire que ses condisciples et lui souhaitaient se retirer quelque part hors de Paris afin de se livrer à une méditation de type religieux ou autre ? » Non ! a dit l’enfant avec un air grognon.On veut une retraite pour quand on sera vieux. «  Néanmoins, la directrice ne laissa pas ses pensionnaires se joindre à la manifestation contre la nouvelle loi sur les retraites. Elle fut obligée, du coup, de faire appel aux forces de l’ordre pour mettre un terme à la grève de la sieste entamée par les plus âgés des bébés.

A la maternelle André-Malraux, même topo : le directeur, en sortant de son bureau, se trouva confronté à un sit-in de la plupart de ses élèves. Mieux organisés que leurs collègues de Jean-Moulin car déjà âgés de 4 ou 5 ans, ils scandaient des slogans :  » On n’apprendra pas à lire si on n’a pas de retraite ! «  Les maîtresses, bouleversées par la peur de l’avenir qu’exprimaient leurs élèves, se penchaient vers eux et tentaient de les raisonner. » Vous avez encore du temps avant de penser à la retraite « , leur disaient-elles. Mais les petits n’en voulaient pas démordre et beuglaient de plus belle :  » Sarko, salaud, les maternelles auront ta peau ! «  Malgré leur vigilance, le directeur et les enseignants d’André-Malraux ne purent empêcher les plus agiles des élèves de se mêler à la manif contre la loi Woerth.

A l’école primaire d’Estienne-d’Orves, l’inquiétude des écoliers concernant leur retraite était encore plus perceptible qu’à Jean-Moulin ou à André-Malraux : ceux-là, dont certains atteignaient l’âge de 10 ans, ne se rapprochaient-ils pas dangereusement du moment fatal où ils devraient quitter leur futur travail salarié et devenir donc un de ces retraités que le gouvernement avait dans le collimateur ? La grève avait été votée par conséquent à l’unanimité. Banderoles et tracts étaient confectionnés dans un enthousiasme non dépourvu d’angoisse. Parmi les éléments les plus radicaux, on évoquait même, au fond de certaines classes ou dans les WC tagués, la possibilité d’une lutte armée à l’exemple des FARC en Colombie ou des talibans en Afghanistan. Des gens qui, eux, savaient se battre pour leur retraite.

Au collège Albert-Camus, c’était la panique. Les amis se disputaient, les amoureux se séparaient. Cette retraite désormais si proche et qui semblait s’évanouir devant leurs yeux comme le mirage d’une oasis dans le désert, les ados n’en supportaient même plus l’évocation. Ça leur ôtait le goût d’étudier, de faire du sport, d’aimer, de vivre en somme – l’idée que leur retraite serait un problème. La colère grondait. Un élève de troisième, donc touché de plein fouet par la question, trouva même ce mot d’ordre qui fit par la suite florès dans la jeunesse française :  » La retraite ou la mort ! «   »

Chronique de Patrick Besson dans Le Point, le 7 octobre 2010.

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De la dictature – Mao, le texte du dimanche (35)

Posté par corto74 le 3 octobre 2010

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Ainsi donc, Mao Zedong pensait…

 » L’exercice de la dictature démocratique populaire implique deux méthodes.
A l’égard des ennemis, nous employons celle de la dictature; autrement dit, aussi longtemps qu’il sera nécessaire, nous ne leur permettrons pas de participer à l’activité politique, nous les obligerons à se soumettre aux lois du gouvernement populaire, nous les forcerons à travailler de leurs mains pour qu’ils se transforment en hommes nouveaux.
Par contre, à l’égard du peuple, ce n’est pas la méthode de la contrainte, mais la méthode démocratique qui intervient; autrement dit, le peuple doit pouvoir participer à l’activité politique; il faut employer à son égard les méthodes démocratiques d’éducation et de persuasion, au lieu de l’obliger à faire ceci ou cela. » (Allocution de clôture à la deuxième session du Comité national de la 1ère Conférence consultative politique du Peuple chinois – 23 juin 1950).

 » Notre Etat a pour régime la dictature démocratique populaire dirigée par la classe ouvrière et fondée sur l’alliance des ouvriers et des paysans.
Quelles sont les fonctions de cette dictature ?
Sa première fonction est d’exercer la répression, à l’intérieur du pays, sur les classes et les éléments réactionnaires ainsi que sur les exploiteurs qui s’opposent à la révolution socialiste, sur ceux qui sapent l’édification socialiste, c’est-à-dire de résoudre les contradictions entre nous et nos ennemis à l’intérieur du pays.
Par exemple, arrêter, juger et condamner certains contre-révolutionnaires et retirer, pour un temps déterminé, aux propriétaires fonciers et aux capitalistes bureaucratiques le droit de vote et la liberté de parole — tout cela entre dans le champ d’application de notre dictature.
Pour maintenir l’ordre dans la société et défendre les intérêts des masses populaires, il est également nécessaire d’exercer la dictature sur les voleurs, les escrocs, les assassins, les incendiaires, les bandes de voyous et autres mauvais éléments qui troublent sérieusement l’ordre public.
La dictature a une deuxième fonction, celle de défendre notre pays contre les activités subversives et les agressions éventuelles des ennemis du dehors.
Dans ce cas, la dictature a pour tâche de résoudre sur le plan extérieur les contradictions entre nous et nos ennemis.
Le but de la dictature est de protéger le peuple tout entier dans le travail paisible qu’il poursuit pour transformer la Chine en un pays socialiste doté d’une industrie, d’une agriculture, d’une science et d’une culture modernes. » ( De la juste solution des contradictions au sein du peuple – 27 février 1957).

Extraits du Petit Livre Rouge, les pensées et discours du Grand Timonier, Mao Tsé-Tung (1893-1976)

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De la rupture… – Laroche, le texte du dimanche (34)

Posté par corto74 le 26 septembre 2010

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 dans zOne Dimanche cuLture ! » Avez-vous remarqué que les ruptures sont souvent de très beaux moments d’amour ?

Quelques conditions sont bien sûr nécessaires. Il faut que les amants acceptent l’un et l’autre la rupture, que tous les mots en soient prononcés. Il faut que ne subsiste aucun de ces problèmes matériels qui à la grande honte de chacun – mais quand même, il n’y a pas de raison – demeurent indifférents aux passions des hommes. Il faut avoir su contourner l’insistance butée des objets insécables : machines à laver, disques, enfants. Sans doute chaque triste histoire exige-t-elle en outre certaines conditions particulières de température humaine et de pression psychologique. Mais quand le grenier est enfin vidé, il ne reste plus que le souvenir purifié de ce qui fut de l’amour véritable ; souvenir détaché d’un passé révolu et libre d’un avenir indifférent. C’est alors, puisque plus rien n’a d’importance, une nouvelle rencontre, peut-être la première en vérité. Tout cet amour flambe une dernière fois, comme parfois dans la cheminée quand du feu déjà éteint, parmi les braises dispersées, une brindille oubliée tout à coup s’enflamme, se consume et se recroqueville. C’est avec dans les yeux des images aussi ringardes que les anciens amants s’embrassent comme jamais plus.

Quant aux proches, ils s’inquiètent et s’impatientent, parce qu’il faut tout de même savoir ce qu’on veut. Parfois des belles-mères en conçoivent de l’humeur, et je ne dis rien des amants remplaçants qui piétinent dans le vestibule. « 

Le koala dans la baignoire (extrait) – Hervé Laroche – Editions Zulma

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Vu du monde arabe, regretter l’Europe… – Le texte du dimanche (34)

Posté par corto74 le 19 septembre 2010

Vu du monde arabe, regretter l'Europe... - Le texte du dimanche (34) dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

015 dans zOne Dimanche cuLture !Repris par Courrier International n° 1029 du 22 Juillet 2010, cet article du journal koweitien Al-Qabas révèle le coup de colère d’un journaliste koweïtien contre ceux qui dénoncent le racisme européen à l’égard des musulmans alors même qu’ils le pratiquent contre les étrangers dans leur propre pays.

« L’Europe est parfois appelée le Vieux Continent, mais elle reste la mère de la civilisation moderne, le centre de la culture mondiale et l’incarnation de la conscience internationale. L’Europe, et surtout l’Europe occidentale, joue le rôle humaniste qui a fait sa réputation et combat le sous-développement en ouvrant grand les bras aux miséreux, aux mal­traités et aux opposants pourchassés par des dictateurs. Quand elle défend son identité et sa façon de vivre, nous n’avons pas le droit de nous en offusquer. Elle ne fait que défendre la démocratie et les libertés individuelles contre une pensée religieuse, celle de l’islamisme.

Il faut être objectif pour comprendre les réactions de colère des Européens face à “l’assaut humain et culturel” musulman. Au bout d’une ou deux générations, le monde entier, et le monde arabe en premier lieu, regrettera l’Europe telle qu’elle avait été jusque-là. Celle-ci aura été transformée sous l’effet de l’immigration musulmane. Les Européens ont donc raison de s’inquiéter. Mettons-nous à leur place : dans les pays du Golfe, ne nous inquiétons-nous pas de l’influence exercée par les immigrés asiatiques sur nos propres modes de vie ?

Les ghettos musulmans prolifèrent autour des grandes villes européennes, le voile s’y est banalisé, le niqab y progresse jour après jour et les mosquées y attirent plus de monde que les églises. Il y aurait quarante-cinq millions de musulmans en Europe, ce qui ne serait pas si grave s’ils voulaient vraiment s’intégrer. Or beaucoup soutiennent le principe des attentats, les crimes d’honneur sont courants et les femmes se voient souvent traitées par leurs familles comme si elles étaient encore dans leur pays d’origine. C’est effrayant de voir que ceux qui ont fui des dictatures politiques, militaires ou religieuses voudraient transformer l’Europe en quelque chose qui ressemblerait à ce à quoi ils cher­chaient à échapper.

Nous écrivons cela simplement afin de nous élever contre la victimisation qui accompagne la défense du droit des musulmans de vivre conformément à leurs convictions. Cela est d’autant plus inacceptable que nous-mêmes, dans nos propres pays, nous refusons à toutes les minorités, y compris aux Européens, de simplement respirer et ne cessons de vouloir leur imposer nos choix.»

Que n’aurait-on pas dit si cet article avait été écrit par un blanc-blanc-bon-chic-bon-genre dans les colonnes du Figaro ou du Point …

Ahmed Al-Sarraf, Journaliste koweitien, libéral, démocrate et partisan de la laïcité, Juillet 2010.

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Chanson dans le sang – Prévert, le texte du dimanche (33)

Posté par corto74 le 12 septembre 2010

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Chanson+dans+le+sang dans zOne Dimanche cuLture !Il y a de grandes flaques de sang sur le monde
où s’en va-t-il tout ce sang répandu
Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule
drôle de saoulographie alors
si sage… si monotone…
Non la terre ne se saoule pas
la terre ne tourne pas de travers
elle pousse régulièrement sa petite voiture ses quatre saisons
la pluie… la neige…
le grêle… le beau temps…
jamais elle n’est ivre
c’est à peine si elle se permet de temps en temps
un malheureux petit volcan
Elle tourne la terre
elle tourne avec ses arbres… ses jardins… ses maisons…
elle tourne avec ses grandes flaques de sang
et toutes les choses vivantes tournent avec elle et saignent…
Elle elle s’en fout
la terre
elle tourne et toutes les choses vivantes se mettent à hurler
elle s’en fout
elle tourne
elle n’arrête pas de tourner
et le sang n’arrête pas de couler…
Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des meurtres… le sang des guerres…
le sang de la misère…
et le sang des hommes torturés dans les prisons…
le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman…
et le sang des hommes qui saignent de la tête
dans les cabanons…
et le sang du couvreur
quand le couvreur glisse et tombe du toit
Et le sang qui arrive et qui coule à grands flotsascalon2
avec le nouveau-né… avec l’enfant nouveau…
la mère qui crie… l’enfant pleure…
le sang coule… la terre tourne
la terre n’arrête pas de tourner
le sang n’arrête pas de couler
Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des matraqués… des humiliés…
des suicidés… des fusillés… des condamnés…
et le sang de ceux qui meurent comme ça… par accident.
Dans la rue passe un vivant
avec tout son sang dedans
soudain le voilà mort
et tout son sang est dehors
et les autres vivants font disparaître le sang
ils emportent le corps
mais il est têtu le sang
et là où était le mort
beaucoup plus tard tout noir
un peu de sang s’étale encore…
sang coagulé
rouille de la vie rouille des corps
sang caillé comme le lait
comme le lait quand il tourne
quand il tourne comme la terre
comme la terre qui tourne
avec son lait… avec ses vaches…
avec ses vivants… avec ses morts…
la terre qui tourne avec ses arbres… ses vivants… ses maisons…
la terre qui tourne avec les mariages…
les enterrements…
les coquillages…
les régiments…
la terre qui tourne et qui tourne et qui tourne
avec ses grands ruisseaux de sang.

Jacques Prévert, Paroles, 1946

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Rebelle et tais-toi ! – Muray, Le texte du dimanche (32)

Posté par corto74 le 5 septembre 2010

Rebelle et tais-toi ! - Muray, Le texte du dimanche (32) dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

001 dans zOne Dimanche cuLture !«  Ce devant quoi une société se prosterne nous dit ce qu’elle est.  »

Philippe Muray. Je lis, ici et , que cet animal littéraire serait incontournable, un oeil intraitable sur notre modernité ; un regard impitoyable sur l’homo festivus, j’ai donc décidé de m’y intéresser et je commence, prudemment, avec cet extrait.

 » Le nouveau rebelle est très facile à identifier : c’est celui qui dit oui. Oui à Delanoël. Oui aux initiatives qui vont dans le bon sens, aux marchés bio, au tramway nommé désert, aux haltes-garderies, au camp du progrès, aux quartiers qui avancent. Oui à tout.

Sauf à la France d’en bas, bien sûr, et aux ploucs qui n’ont pas encore compris que la justice sociale ne débouche plus sur la révolution mais sur un séjour d’une semaine à Barcelone défiant toute concurrence.  Par opposition à son ancêtre le rebelle-de-Mai, ou rebellâtre, on l’appellera rebelle à roulettes. Car la glisse, pour lui, est une idée neuve en Europe. Le rebelle-de-Mai est d’ailleurs mal en point, par les temps qui courent. Ce factieux assermenté, qui riait de se voir éternellement rebelle en ce miroir, ce spécialiste libertaire des expéditions plumitives sans risques, écume de rage depuis qu’on s’est mis à l’accuser de complicité avec les « pédocriminels ». 

Le rebelle à roulettes, en revanche, a le vent dans les voiles et vapeurs. C’est un héros positif et lisse, un brave qui défie à vélo les intempéries. Il est prêt à descendre dans la rue pour exiger une multiplication significative des crèches dans les centres-villes (le rebelle à roulettes est très souvent un jeune ménage avec enfants). Il aime la transparence, les objets équitables et les cadeaux altruistes que l’on trouve dans les boutiques éthiques. Il applaudit chaque fois que l’on ouvre une nouvelle brèche législative dans la forteresse du patriarcat. Il s’est débarrassé de l’ancienne vision cafardeuse et médiévale du couple (la différence sexuelle est quelque chose qui doit être dépassé). Il veut que ça avance. Que ça avance. Que ça avance. Et que ça avance. 

Et ce n’est vraiment pas à son intention que Bernanos écrivait, peu après la dernière guerre : « Ce monde se croit en mouvement parce qu’il se fait du mouvement l’idée la plus matérielle. Un monde en mouvement est un monde qui grimpe la pente, et non pas un monde qui la dégringole. Si vite qu’on dégringole une pente, on ne fait jamais que se précipiter, rien de plus. » 

Le rebelle à roulettes descend et il croit qu’il bouge. C’est pour ça qu’il est entré dès son plus jeune âge dans la secte des Avançistes du Septième Jour. À Paris, il a voté Delanoël, rebelle d’Hôtel de Ville. Car, comme ce dernier, il est contre le désordre. À fond. « Nous sommes les candidats de l’ordre », avait d’ailleurs proclamé le Delanoël dans son dernier meeting de campagne. 

Et en effet, il n’y a plus qu’un désordre, plus qu’une anarchie : ne pas être en phase avec l’idéologie du rebelle à roulettes. »

Philippe Muray, (1945-2006), Exorcismes spirituels III , éd. Les belles lettres, 2002. 

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L’absence des hommes – Le texte du dimanche (31)

Posté par corto74 le 29 août 2010

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Philippe-Besson-En-l%27absence-des-hommes dans zOne Dimanche cuLture !Dans En l’absence des hommes, Philippe Besson nous raconte l’histoire de Vincent, un jeune homme de bonne famille de 16 ans. A l’été 1916, Vincent, insouciant au monde en feu qui l’entoure, fera 2 rencontres importantes: Marcel Proust et Arthur, le fils de sa gouvernante, 20 ans , soldat en permission. Vincent découvre ainsi la passion dans les bras d’Arthur; durant sept nuits, ils vont se reconnaître, s’aimer d’un amour fou, pur, sans contrainte.

 « Et voilà que tu débarques dans mon existence, Arthur, sans même prévenir, sans crier gare, avec ton cortège effroyable de cadavres, de bombes, de boue, ton expérience affreuse, inaudible de la douleur, de l’incompréhensible, de l’incommunicable, voilà que tu es là, tout à coup, debout devant moi, dans le costume de tes vingt ans, et que tu me regardes de tes yeux tristes, fatigués, à peine accusateurs, au point que je préfèrerais qu’ils soient pleinement accusateurs. Voilà que tu dis : prends-moi dans tes bras, qu’au moins, la vie, ça ne soit pas seulement cette angoisse de la mort qui rend fou, cette attente permanente, insupportable de la mort prochaine. Prends-moi dans tes bras, pour que je sois autre chose que ce soldat crotté, cet anonyme des tranchées du nord de la France, cette ombre grise et sale. Prends-moi dans tes bras, pour qu’il y ait le soleil, la chaleur, la douceur, toutes ces choses que nous avons oubliées, que nous avons perdues. Prends-moi dans tes bras, sans réfléchir, corps contre corps, bouche contre bouche, donne-moi ta chair laiteuse à embrasser, à caresser.
 
Et bien sûr, je te prends dans mes bras…
 
Pourquoi je me suis décidé aujourd’hui à faire l’aveu de cet amour, je ne sais pas l’expliquer vraiment. Peut-être la peur de la mort se fait-elle encore plus grande, la menace plus présente, et alors il faut parler, il faut dire avant de mourir, il ne faut pas mourir avec ce secret-là, ce beau secret. Et puis, c’est trop lourd à porter, trop pour un seul homme, c’est impossible de demeurer avec ça encore. Il faut parler pour ne pas sombrer dans la folie, sans doute.

Tu dis : c’est un geste de vrai désespoir et un geste pour se sauver. »

En l’absence des hommes, Philippe Besson , Ed. Julliard, 2001, Prix Emmanuel Roblès.

philippeD’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

 

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Le spectacle continue – Le texte du dimanche (30)

Posté par corto74 le 22 août 2010

Le spectacle continue - Le texte du dimanche (30) dans zOne Dimanche cuLture ! wikio4 Voter !

013 dans zOne Dimanche cuLture !Ce matin, dans le bigo, il m’a dit : « Je vais dormir comme cela je ne penserais pas à manger et ça m’aidera à attendre demain; quel demain ? J’espère que le chat lui aussi dormira, pas plus que moi, il n’a à manger… » La misère qui s’installe m’insupporte de plus en plus. La ville a beau être rose, qu’ils disent; rose ? pas pour tout le monde. T’inquiètes, bb, la vie continue, le spectacle aussi, avancer, avancer, toujours. La roue tourne, il y a des lendemains qui chantent, un jour, pour tout le monde; pour toi aussi. Les lignes qui suivent sont pour toi car elles ne te ressemblent pas, tu verras, tu n’as pas fini de sourire à la vie …

1170923426 » Marcher…. Avancer encore et toujours… Comme le reste de l’humanité qui s’agite autour de son propre nombril, pensant que se poser c’est mourir. Remarque, peut être qu’elle a raison cette humanité. S’immobiliser c’est prendre le risque de regarder derrière soi un instant. C’est se retourner sur tous ces rendez-vous manqués, sur tous ces mots qu’on n’a pas dit au bon moment, sur toutes ces histoires qu’on n’a pas vécues. C’est se regarder la vie… cette chienne de vie qui a toujours eu du décalage et du désordre dans ses hasards. Certaines destinées sont parfois chaotiques. Oh, pas de ce chaos qui t’emmènes plus bas que terre ou qui te fait bouffer de la misère à t’en faire une indigestion. Non, de ce désordre qui te donne un semblant de bonheur, une excuse pour accrocher un sourire à tes lèvres, comme un clown dessine son maquillage avant d’entrer en piste et de se projeter sous le regard des spectateurs. Mais qui le soir, dans la solitude de sa roulotte antédiluvienne ne se retrouve que face à son miroir de doutes et d’interrogations. Peut être aurait-il dû être trapéziste ou bien dresseur de fauves… Peut être que l’Amour est incompatible avec un nez rouge et que les chaussures trop grandes sont définitivement rédhibitoires pour ce genre d’histoire.

A la croisée des destins jaillissent parfois de froides étincelles qui d’apparence sont de feu mais qui de réalité sont froides et n’apportent qu’une impression de fourmillement là où on voudrait un brasier.

Est-ce que tout est en retard ou est-ce que je ne suis jamais satisfait et de mes actes et de ma vie ?

Un nouveau jour se lève sur la Seine paresseuse qui déambule sous le Pont Neuf. Indolente, insouciante, elle passe comme passent les heures de ma destinée, charriant son cortège d’immondices et parfois le reflet d’un rayon de soleil. Juste le reflet car le rayon est impalpable et restera toujours hors de portée. Il n’y a que les poètes à être capables d’en effleurer un du doigt.

Les heures et les minutes vont poursuivre leur course trop rapide qui ne me laisse plus de répit. M’abrutir de sommeil serait peut être un moyen… si le temps s’arrêtait aussi. Mais pas la peine de rêver, il continue inexorable sa folie déambulatoire, emmenant le monde là où il n’a peut être pas envie d’aller.

Un sax aphone lance un solo de Charlie Parker en provenance de la coulisse, côté jardin.

T’inquiètes…

Le spectacle continue. »

Anonyme, ici, nous le sommes tous, plus ou moins sur la toile.

D’accord, pas d’accord: atoilhonneur@voila.fr

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